«Nous sommes dans l’inédit en termes Dominique Heitz, responsable de l’équipe Acta
Dans le secteur de l’agroalimentaire, le travail sous atmosphère dirigée, à une faible température, s’impose au même titre que les règles d’hygiène, pour garantir la qualité et la sécurité sanitaire des produits travaillés. Malheureusement, outre le coût direct que représente le maintien d’un local à une température de 2 à 4°C, le froid est source d’inconfort important pour les salariés et à l’origine de nombreux troubles musculo-squelettiques dont les coûts indirects sont loin d’être anecdotiques. Basée à Rennes, l’équipe Acta (aéraulique et contrôle des atmosphères turbulentes) de l’Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture), s’est penchée sur le problème. Elle a développé un savoir-faire inédit dans le contrôle des écoulements turbulents d’air, à basse vitesse. « Nous maîtrisons les flux d’air et sommes capables d’en créer dans des volumes ouverts, sans parois, explique Dominique Heitz, le responsable de l’équipe. Nous visons une augmentation des performances en protégeant localement les produits plutôt que toute une pièce. Le potentiel d’applications est important dans l’agroalimentaire surtout si, comme c’est le cas dans la fabrication de ferments lactiques, les manipulations humaines sont nombreuses. Mais la maîtrise des flux d’air peut aussi intéresser la cosmétique, la pharmaceutique, l’électronique… » |
[Froiloc en bref]
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Pour les produits de la mer, la solution Froiloc, développée avec le pôle Cristal (centre technique froid et génie climatique) de Dinan (22) s’avère particulièrement novatrice. Le système diffuse localement de l’air froid dans une ambiance tempérée. Il souffle à la verticale de l’air froid filtré à 2°C, juste au-dessus d’une table de production, créant ainsi une zone froide. L’air est ensuite récupéré sous la ligne de production. Seules les mains de l’opérateur sont exposées au froid, le reste de l’atelier pouvant être maintenu à une température supérieure de plus de 13°C. Un véritable confort pour les salariés, qui limite les risques de troubles musculo-squelettiques, et une facture énergétique allégée pour l’employeur. Les tests montrent qu’une économie de 50 % est possible.. Enfin, Froiloc permettrait aussi d’améliorer la qualité du produit, puisque la température de 4°C sur la table de production est garantie, sans les variations qui peuvent exister dans les ateliers. « La chaîne du froid est garantie. La solution sera plus efficace installée dans un espace neuf, conçu pour elle. Cela dit, elle peut aussi s’intégrer à une ligne spécifique dans un atelier existant. » Outre la promesse d’un froid localisé, Froiloc garantit une « ultra propreté ». L’air pulsé est totalement filtré et le flux fait barrière aux polluants extérieurs qui n’entrent pas dans le produit. Des tels paramètres améliorent la durée de vie des produits et leur ouvrent des marchés d’exportations. Des produits jusqu’alors jugés trop sensibles peuvent être travaillés. « Le niveau de performance est idéal. » Des transferts de technologies sont aujourd’hui en cours, un prototype a été testé sur une ligne de production dans une entreprise agroalimentaire. Le brevet a été déposé. Cesbron, entreprise spécialiste des services dans les domaines frigorifiques, thermiques et énergétiques, en a acquis la licence. Son système de démonstration ouvre les portes des structures artisanales à Froiloc, solution plutôt imaginée pour de grandes lignes industrielles. Les premières livraisons pourraient se faire courant 2016. Si la technologie séduit, les budgets d’investissement doivent être bouclés. Dominique GUILLOT |