Souvent connu en France sous son appellation anglaise « haddock », employée quand il est fumé et coloré au roucou d’une teinte orangée, Melanogrammus aeglefinus est relativement peu consommé en France en poisson frais. En revanche, il est très prisé en Angleterre notamment dans les fish & chips. Depuis plusieurs mois, avec les États-Unis, le pays de Shakespeare est un marché très porteur pour cette espèce. Avec la réduction des quotas, la guerre en Ukraine et la monnaie plus puissante juste après le Brexit, les Britanniques se sont procuré, en 2022, l’églefin à un prix souvent inaccessible pour les importateurs français.
Pêché toute l’année dans l’Atlantique Nord-Est et l’Atlantique Nord-Ouest, ce poisson est essentiellement capturé au chalut de fond. Les principaux pays pêcheurs de cette espèce sont la Norvège, la Russie et l’Islande, dont les quotas sont à la hausse. Selon le plan de gestion islandais, le Tac d’églefin pour 2022-2023 est de 62 219 tonnes, soit une augmentation de 23 % par rapport au Tac de la campagne de pêche précédente. La biomasse de référence devrait augmenter au cours des deux prochaines années. En mer du Nord, Ouest-Écosse et Skagerrak, après une surexploitation de croissance avant les années 1990, le stock d’églefin est également en bon état. La biomasse est en hausse avec des recrutements récents forts. Pour 2022, l’avis du Ciem était en forte hausse, de 86 %.
En revanche, en mer Celtique et en Manche, une baisse de la biomasse conduit, pour une nouvelle année consécutive, à une baisse de l’avis du Ciem de 25 % pour 2023, soit 11 901 tonnes. Par ailleurs, malgré la suspension des Russes des travaux du Ciem, celui-ci a donné ses recommandations pour l’églefin de l’Arctique Nord-Est avec une baisse de 5 % (170 067 tonnes) pour 2023. La pêcherie chalutière des armements Euronor et Compagnie des Pêches de Saint-Malo opérant dans cette zone, souvent en capture accessoire du cabillaud et du lieu noir, est certifiée MSC.
Cette fluctuation de l’état des stocks influence les prix, de plus en plus élevés. « Depuis un an, on est passé de 2,60 euros/kg pour l’églefin entier à l’achat en Norvège à 3,30-3,50 euros. Et encore, c’est un bon prix », déclare Pierre Corrue, responsable de la maison de fumaison boulonnaise Salaisons Corrue. En 2022, sa société a diminué ses volumes d’églefin de 10 %. « Avec le prix qui monte, la demande baisse. L’églefin devient un peu un produit de luxe », estime le professionnel. Pascal Bourgain, à la tête de Bourgain & Fils, qui travaille chaque année 80 tonnes d’églefin, confirme : « En 10 ans, le prix de grands filets a augmenté de 56 %. »
Pour Raphaël Lhotellier, mareyeur breton et propriétaire des Viviers de Saint-Marc, « les volumes sur le marché baissent également car tout le monde se met à en commercialiser ». Rien d’étonnant puisqu’il s’agit désormais d’une espèce privilégiée notamment par des collectivités en raison des prix trop élevés d’autres poissons blancs comme le cabillaud ou le lieu noir.
Darianna MYSZKA