La poissonnerie traditionnelle en crise

Le 26/04/2024 à 15:48 par La rédaction

L’Organisation des poissonniers écaillers de France (Opef) a publié une étude sur la situation difficile de la profession et sur les axes de développement. PDM revient sur les principales conclusions avec Dominique Dietrich, auteur de l’étude.

 

Deux types d'artisans

Dominique Dietrich distingue deux catégories de poissonniers : « L’entreprise traditionnelle familiale et celle qui essaie d’innover et de monter en gamme en prenant plus de risques par rapport à sa rentabilité. » Cette recherche d’innovation passe par la vente de nouvelles espèces, de produits plus élaborés et traiteur. « Cela ne répond pas à un rajeunissement de la clientèle mais à des attentes nouvelles. Les consommateurs ont besoin que les professionnels préparent les produits. »

 

Une profession frappée par toutes les crises

Les difficultés sont nombreuses et s’accumulent : inflation sur la matière première, l’énergie et les salaires, fermeture du golfe de Gascogne, crise sanitaire, plan d’accompagnement individuel… « Il y a un pessimisme généralisé, résume Dominique Dietrich. Sur le golfe, il y a un sentiment d’abandon par les pouvoirs publics. Le manque d’apports sur cette période fait flamber les prix et la substitution n’est pas toujours possible. Cette fermeture intervient pendant une période stratégique, quand les poissonniers vendent des produits plus onéreux pour se constituer une trésorerie et être solvables pour les grosses périodes comme l’été et les fêtes de fin d’année. »

 

Les poissonniers face aux contradictions des consommateurs

Nous le savons, les consommateurs sont attachés à la fraîcheur et à la beauté d’un étal de poissonnier. « Ils veulent du produit sauvage frais, mais c’est indispensable d’avoir du saumon dans sa boutique ! commente Dominique Dietrich. Au-delà de ça, la poissonnerie renvoie une image de filière complexe et instable qui décourage les plus jeunes consommateurs. » La « traitorisation » est alors vue comme une idée pour répondre à une double demande : des produits pratiques, accessibles et qui peuvent répondre aux nouvelles attentes environnementales. « Mais les professionnels sont contraints sur tous les plans et c’est l’une des activités les moins margeantes », note l’auteur de l’étude. Difficile de se projeter vers l’avenir dans ces conditions, alors qu’il s’agit là probablement d’une nécessité pour traverser la crise…

 

L'épineuse question du polystyrène

À partir du 1er janvier 2025, le polystyrène, matériau critique pour l’ensemble de la filière marée, pourrait être interdit. Pour Pierre-Luc Daubigney, secrétaire général de l’Opef, « cela signera la mort des artisans qui n’ont pas les moyens de gérer la logistique des caisses marée ». Le rapport d’étude évoque comme solution la consignation et la reprise du polystyrène par les fournisseurs au moment de la livraison, mais la problématique resterait la même : comment le valoriser dans une démarche circulaire ?

 

Vincent SCHUMENG

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