« Ça y est ! Par 49 voix contre 1, le Nutri-Score dans la pub a été voté ! », se félicitait Olivier Véran, député de La République en Marche, le 22 février dernier. « Hier soir, j’ai défendu une nouvelle fois un amendement visant à rendre obligatoire l’ajout du score nutritionnel Nutri-Score sur toute publicité alimentaire, et il a été adopté à la quasi-unanimité. » Une victoire qui divise politiquement. Car l’Assemblée nationale a voté cette mesure suite à une proposition de loi de La France Insoumise visant à « protéger la population des dangers de la malbouffe », mais uniquement sur la base d’amendements de la majorité. Mais le résultat est là. Concrètement, l’affichage du Nutri-Score sur tous les supports publicitaires sera obligatoire à partir du 1er janvier 2021. Cependant, il sera possible de déroger à cette règle moyennant finance. Et ses limites ne dépasseront pas celles du territoire français.
Pour autant, le Nutri-Score fait toujours débat. En octobre 2017, la France adoptait cette échelle graphique et visuelle de l’étiquetage nutritionnel comme système d’information officiel destiné à être apposé en face avant des emballages des aliments. Il les classe en cinq catégories allant du A au E et du vert au rouge en fonction de leurs qualités nutritionnelles. L’objectif : aider les consommateurs à les identifier de façon simple et rapide et orienter leurs achats vers des choix plus favorables à la santé. Toutefois, son application reste basée sur le volontariat des entreprises. Car si le règlement européen Inco (information des consommateurs) impose des informations nutritionnelles obligatoires sur les aliments préemballés, les États membres peuvent seulement recommander aux acteurs du secteur d’utiliser une forme d’expression ou de présentation complémentaire.
Le Nutri-Score n’en a pas moins convaincu plus de 90 entreprises, parmi lesquelles Cité Marine, Findus, Fleury Michon, Gendreau, Marie… mais aussi Auchan, Casino, Intermarché ou encore Leclerc. L’enseigne, qui avait testé son propre système, le Nutri Mark, a publié l’an dernier une étude comparative montrant la supériorité du Nutri-Score. Points clés : une meilleure qualité nutritionnelle des produits achetés, en particulier par les consommateurs à faible pouvoir d’achat et les moins de 30 ans. Autre initiative : celle du consortium réunissant Coca-Cola, PepsiCo, Nestlé, Mars, Unilever et Mondelez, qui avait mis au point son propre logo, l’Evolved nutrition label (ENL), inspiré des Multiple traffic lights (MTL) en vigueur au Royaume-Uni. Après Mars, Nestlé a quitté l’an dernier le consortium. Parallèlement, une étude française publiée par l’Eren (Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle) (1) a conclu à un impact significatif du Nutri-Score sur la diminution des tailles de portions sélectionnées pour les aliments moins favorables à la santé, contrairement à l’ENL, qui « n’a qu’un effet très limité, voire défavorable chez les consommateurs ». Une étude franco-australienne (2) menée dans douze pays sur plusieurs systèmes d’information a montré l’efficacité de leur présence en face avant des packagings pour encourager des choix alimentaires plus sains, avec, là encore, une supériorité du Nutri-Score.
Publicité et Nutri-Score : principales dispositions Les messages publicitaires en faveur de denrées alimentaires devront obligatoirement être accompagnés du Nutri-Score. |
De bonnes raisons pour encourager son utilisation. Santé Publique France, en charge du déploiement du Nutri-Score, a récemment noué un partenariat en ce sens avec l’association Open Food Facts, base de données d’information alimentaire ouverte et collaborative. Le système a même fait son entrée dans les recommandations du programme national nutrition santé 4, qui préconise de « réduire les produits présentant un Nutri-Score D ou E ». Et il semble faire son chemin en Europe. Après la Belgique, l’Espagne a suivi la France. Auchan appose le Nutri-Score sur ses produits au Portugal. De là à s’imposer au niveau de l’Union européenne… la partie n’est pas encore gagnée. Pour l’heure, la France et l’Australie entendent favoriser les échanges au niveau international. Le 6 février, dans le cadre de la Décennie d’action des Nations unies pour la nutrition, ces deux pays ont annoncé le lancement du réseau mondial d’action sur l’étiquetage nutritionnel.
Anne-Caroline RENARD
(1) Impact of front-of-pack nutrition labels on portion size : an experimental study in a French cohort – Nutrients 2018
(2) Objective understanding of front-of-package nutrition labels : an international comparative experimental study across 12 countries – Nutrients 2018