[ LES TEXTES ]
Vers plus d'égalité
L’évolution récente du cadre réglementaire montre un renforcement de la volonté politique envers l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.
En France, la loi sur l’égalité réelle de 2014 conditionne l’accès aux marchés publics au respect de l’égalité professionnelle et la loi Rebsamen de 2015 exige la mixité proportionnelle des listes syndicales.
L’Union européenne a identifié plusieurs objectifs pour cadrer l’attribution des fonds européens, dont deux priorités : le développement durable et l’égalité entre hommes et femmes.
Ce dernier principe doit être pris en compte par tous les programmes cofinancés par des fonds européens. Les industries de la pêche et de l’aquaculture sont concernées au travers du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (Feamp).
Source : La place des femmes dans les secteurs pêche et aquaculture en France – groupement Monfort-Baelde-Vouhé pour FranceAgriMer – juillet 2017
[ Un sujet complexe et encore mal appréhendé ]
« Face aux nombreux départs en retraite annoncés dans les prochaines années, tant sur les navires que dans les entreprises à terre, la filière pêche et aquaculture française doit élargir ses viviers de recrutement », juge FranceAgriMer. Il est primordial de montrer que les métiers du secteur sont accessibles à tous… et à toutes. D’autant plus que l’égalité professionnelle entre hommes et femmes est désormais inscrite dans la réglementation française.
L’intégration de la perspective du genre dans les politiques publiques poussées par l’Union européenne nécessite de connaître l’implication et la répartition des deux sexes dans les métiers. C’est l’objet de la récente étude réalisée par le groupement Monfort-Baelde-Vouhé pour FranceAgriMer.
Quelle est la répartition entre hommes et femmes dans la pêche et l’aquaculture ? « Dans le monde, un travailleur de la mer sur deux, tous segments compris, est une travailleuse. Le niveau varie d’un pays à l’autre mais, de manière invariable dans les pays développés autant que ceux en développement, les femmes restent pourtant peu visibles, elles sont mal reconnues et souvent ignorées par les décideurs privés et publics », souligne Marie-Christine Monfort.
La France n’échappe pas à ce constat. Si des outils réglementaires pour promouvoir l’égalité femmes-hommes existent, leur efficacité est variable. TPE et PME, qui constituent majoritairement la filière, n’y sont pas assujetties. Le statut de conjoint collaborateur créé en 1997 avait pour objectif de reconnaître le travail essentiel que mènent nombre d’épouses de pêcheurs, au travers d’une protection sociale. Cependant, le format incomplet et bancal de ce statut l’a rendu peu attractif. Les formations maritimes manquent d’attrait tant auprès des hommes que des femmes et nécessitent un effort de communication.
L’approche intégrée de l’égalité dans les programmes Feamp, souvent interprétée par l’administration dans une approche sociale et déconnectée des questions techniques de gestion des pêches et de l’aquaculture, ne se traduit pas par des objectifs opérationnels.
Le sujet de l’égalité professionnelle, particulièrement dans cette filière dominée par les hommes, bouscule des préjugés très ancrés. Sensible et complexe, il fait appel à des concepts mal maîtrisés (parité, mixité, égalité…). Mais les mentalités évoluent. Certains acteurs, suite à leurs expériences positives, souhaitent voir l’emploi des femmes se développer dans le secteur. Parallèlement, des études montrent les bénéfices que procure l’emploi des femmes, par exemple dans l’amélioration de la sécurité et des conditions de travail, par la réduction de la pénibilité ou dans le développement local par la diversification des activités.
Anne-Caroline RENARD
[ Des effectifs variables ] En France, selon les données disponibles, les femmes représentent près du tiers des effectifs de la filière pêche et aquaculture, avec une présence très variable selon les segments : 55 % dans la transformation, 45 % dans le mareyage et moins de 2 % dans la pêche. Les inégalités identifiées portent également sur les salaires, fréquemment inférieurs à ceux des hommes à poste équivalent, sur les progressions de carrière et sur l’accès aux fonctions d’encadrement et de représentation dans les instances professionnelles. |
![]() |