À la découverte d’une ferme de saumon ASC

Le 19/12/2023 à 15:00 par La rédaction

Sur l’invitation de l’Aquaculture Stewardship Council, qui attribue son label aux produits de la mer issus de l’aquaculture durable, PDM a visité une des fermes de saumon certifiées de la société Cermaq. Qu’apporte la certification à la société ? Quelles sont ses exigences ? Décryptage.

 

Qu’est-ce que Cermaq ?

Cermaq Norway est l’un des plus grands producteurs de saumon de Norvège, avec une production quotidienne de plus d’un million de repas. L’entreprise, dont les activités sont situées au nord du cercle polaire arctique, emploie 600 personnes. L’entité norvégienne fait partie du groupe Cermaq, qui possède également des sites de production au Canada et au Chili. Les principaux marchés d’exportation de Cermaq Norway sont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La moitié des fermes norvégiennes de Cermaq sont certifiées ASC.

 

Pourquoi avoir choisi la certification ASC ?

« C’est un mélange d’avantages, une politique à long terme. D’une part, c’est une question de revenus car certains clients paient un meilleur prix pour le poisson certifié. D’autre part, grâce à la certification, on améliore le bien-être des poissons et la durabilité de nos fermes », estime Silje Ramsvatn, responsable du développement durable chez Cermaq Norway. La société semble apprécier l’ASC pour le niveau élevé d’exigences environnementales en matière de biodiversité et au niveau du traitements contre les poux. C’est également la première certification où chaque site a son propre certificat. L’ASC garantit « l’évaluation externe des opérations, du smolt (juvénile, NDRL) à la transformation » et « renforce les pratiques et les routines en interne ». L’ASC aurait permis une « fréquence accrue de la surveillance environnementale », une « certification des aliments » ou encore « le revêtement plus écologique des filets (sans cuivre) ».

 

L’ASC en Norvège

Le premier élevage de saumon norvégien a été certifié ASC en décembre 2014. La majorité des fermes norvégiennes certifiées ASC élèvent du saumon de
l’Atlantique (Salmo salar), mais certaines produisent également de la truite arc-en-ciel. À l’heure où nous écrivons ces lignes, 310 fermes salmonicoles sont certifiées ASC en Norvège, réparties entre 20 entreprises différentes. 25 % du volume mondial de saumon (soit 836 000 tonnes) et environ un tiers des élevages norvégiens sont certifiés ASC.

 

Combien coûte le certificat ?

Une fois la licence obtenue, la société doit payer une redevance annuelle. Son montant est déterminé par la valeur nette totale des produits de la mer labellisés ASC vendus. De plus, si le logo ASC est utilisé sur des produits destinés aux consommateurs, la société paye des redevances à partir de 0,5 % sur la valeur nette en gros des ventes de produits portant le logo. Pour le poisson frais vendu au comptoir et pour les détaillants, les redevances sont calculées sur les achats nets. Mais le coût le plus important est lié à l’audit. Rares sont ceux qui souhaitent dévoiler la somme. Ceux qui en parlent évoquent un montant à sept chiffres.

Dans les eaux de la ferme d'Anevik

De Bodø, dans le Nord de la Norvège, en passant par Helnessund, un petit village de pêcheurs, on remonte jusqu’à ce que l’archipel des Lofoten apparaisse à l’horizon. C’est dans ce cadre magnifique que la ferme d’Anevik élève 1,6 million de saumons allant de 100 grammes à un poids d’abattage de 5 kilogrammes. Sur place, chacune des neuf cages de 160 mètres de large et de 35 mètres de profondeur contient environ 2 millions de saumons. Comme l’impose la réglementation norvégienne, les bassins sont constitués de 97,5 % d’eau pour 2,5 % de saumons. Selon les exigences des référentiels ASC, les fermes salmonicoles sont tenues de mesurer, à intervalles réguliers, divers paramètres relatifs à la qualité de l’eau et de rester dans les limites fixées. Ainsi, le pourcentage minimum moyen de saturation en oxygène dissous dans la colonne d’eau doit être supérieur à 70 %. En revanche, le référentiel n’impose pas de densité maximale par bassin.

 

Les poux de mer sous haute surveillance

Pour lutter contre ce parasite – l’ennemi juré des aquaculteurs –, la labellisation impose une surveillance particulière. Elle demande un contrôle hebdomadaire et la communication des niveaux de poux de mer chez les juvéniles de saumon sauvage en migration et chez les saumons d’élevage. Le dépassement du seuil entraîne la perte du certificat et le produit ne peut être vendu comme certifié ASC. Ce seuil est identique à la législation norvégienne, qui fixe la limite à un pou de mer pour cinq poissons pendant les périodes sensibles pour les saumons sauvages en migration. « Chaque semaine, on compte des poux sur 200 poissons. En ce moment (début septembre, NDLR), on compte 0,15 pou par poisson », explique Martine Evjen, employée du site Anevik qui veille chaque jour au bien-être des poissons. Pour empêcher ces parasites de s’attacher aux saumons, la société utilise des cages immergées, des jupes protectrices entourant les 5 à 10 mètres supérieurs de la cage et, depuis récemment, la technologie laser. Une fois accrochés sur le poisson, les poux peuvent être éradiqués par un rinçage avec une eau chauffée, un traitement à l’eau douce ou des bains avec un traitement chimique mais uniquement lorsque les traitements non chimiques ne sont pas recommandés.

 

La mortalité en baisse

Malgré toutes les précautions et le monitoring constant du poisson dans les cages, on compte deux ou trois poissons morts par jour dans chaque bassin. Ils sont placés dans des réservoirs puis utilisés dans la fabrication de la nutrition pour les animaux de compagnie. Selon les exigences de l’ASC, la mortalité due aux maladies virales doit être maintenue à un niveau inférieur ou égal à 10 %. « L’exploitation doit être en mesure de démontrer qu’elle s’efforce de réduire ces taux de mortalité, notamment en assurant le suivi des maladies et en mettant en œuvre un plan spécifique à l’exploitation pour réduire les maladies », explique l’ASC. Selon Karl Ottem, responsable de la santé des poissons chez Cermaq Norway, la mortalité des poissons est passée de 8 à 5 % par cycle de production depuis la labellisation. En revanche, on note un certain manque de données sur cet aspect et le référentiel actuel ne précise pas comment mesurer ce taux.

 

La nourriture certifiée

Les aliments pour animaux représentent 80 % des coûts d’exploitation. Cermaq ne produit pas d’aliments pour ses poissons mais s’approvisionne chez le fabricant Skretting. Selon la société, le saumon atlantique est l’animal le plus efficient à produire, avec l’indice de conversion le plus faible, à savoir 1,2 kilogramme d’aliment pour 1 kilogramme de poids sec. Pour l’ASC, l’alimentation constitue un des points importants en matière de durabilité. Les fermes doivent donc « réduire l’utilisation de poisson sauvage lors du nourrissage ». Le référentiel exige également une traçabilité des ingrédients pour pouvoir remonter à une source gérée de façon responsable et de préférence certifiée, tant pour le poisson sauvage que pour le soja. MarinTrust et Marine Stewardship Council (MSC), deux organisations conformes au code ISEAL, jouent un rôle crucial dans ce mécanisme. Les étapes intermédiaires sont des programmes reconnus du Fishery Improvement Project (FIP). À terme, la majeure partie des ingrédients marins devra provenir de pêcheries MSC. Le référentiel ASC pour l’alimentation est entré en vigueur en janvier 2023, les usines d’aliments pour animaux peuvent donc demander la certification. Les fermes certifiées ASC ont jusqu’en janvier 2025 pour passer à des aliments conformes ASC. Mais selon Leif Kjetil Skjæveland, responsable durabilité chez Skretting, sa société en fait même plus en recherchant des alternatives à l’huile de poisson. « Depuis 5 ou 6 ans, nous avons trouvé notre Saint-Graal qui est la microalgue. Mais cette solution reste chère et il n’y a pas assez de matière première », souligne-t-il.

 

© D. M.

 

Quel impact pour la biodiversité ?

Chez Cermaq Norway, les fonds marins de tous les sites sont échantillonnés au moins une fois par génération de poissons, avec deux types d’échantillonnage différents. En cas de mauvais résultats, la société doit réduire la biomasse ou fermer l’exploitation. Elle peut également perdre sa certification. De plus, en Norvège, la loi impose de laisser les installations d’élevage en jachère pendant deux mois après l’abattage des poissons avant de pouvoir ensemencer de nouveaux poissons, afin de préserver la biodiversité. Cermaq mène également des projets de surveillance du saumon sauvage en capturant en vidéo tous les poissons sauvages remontant la rivière Hopvassdraget pour relever la présence du saumon d’élevage. En effet, les saumons d’élevage qui s’échappent peuvent perturber les écosystèmes et altérer la diversité génétique globale en entrant en compétition avec les poissons sauvages et en se croisant avec les stocks sauvages locaux de la même population. Ainsi, les fermes certifiées ASC doivent déclarer toutes les évasions. Leur nombre total par cycle de production doit être inférieur à 300 poissons.

 

La transformation pas certifiée

De retour sur la terre ferme, on se dirige à Steigen où Cermaq a ouvert en 2018 une usine de transformation ultra-moderne. Ici, on pompe des réservoirs entre 125 et 160 poissons par minute, soit une capacité annuelle de production de 60 000 tonnes. « On produit 1,8 million de portions chaque jour », affirme Malin Breivik, responsable de l’atelier. En revanche, tout comme pour l’écloserie et les bassins de prégrossissement, l’ASC ne possède aucune norme de qualité au niveau de la transformation. Les employés s’assurent seulement que le poisson certifié soit emballé dans les boîtes estampillées ASC. Dennis Wittman, directeur de l’ASC pour les régions germanophones, confirme cependant que des exigences en matière d’étourdissement des poissons avant leur abattage seront appliquées à partir de 2026.

 

Darianna MYSZKA

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