France AgriMer a sorti en juillet dernier le bilan 2022 des halles à marée françaises. Entre le nombre d’espèces, de criées, de façades, de marchés et de techniques de pêche, le maître-mot est la diversité, gage de résilience en période de crise.
Le chiffre est tombé, c’est plus de 165 000 tonnes de produits de la pêche qui se sont écoulées en 2022 sous les halles à marée françaises, pour une valeur de 659 millions d’euros. Inflation oblige, le prix moyen a cru de 6 % entre 2021 et 2022, tiré essentiellement par le prix du gazole pour les bateaux. Si la coquille Saint-Jacques reste la reine incontestée de la pêche française, aussi bien en volume (27 028 tonnes) qu’en valeur (76 millions d’euros), l’espèce dont les tonnages ont le plus augmenté est le calmar, affichant 5 092 tonnes, en hausse de 74 %. Parmi les plus importantes croissances, on retrouve aussi la pieuvre (+ 57 %), la langouste rouge (+ 34 %), la seiche (+ 31 %) ou encore le maigre (+ 30 %). À l’inverse, la crevette bouquet est l’espèce qui a vu la plus nette décrue de ses tonnages, avec 110 tonnes déclarées en 2022, affichant une baisse de 31 %. Comme autres espèces en déclin, notons le lieu noir (– 25 %), la plie (– 24 %), le tourteau (– 23 %) et la sole (– 21 %). Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces fortes évolutions, le premier étant les bouleversements de l’écosystème : réchauffement des eaux poussant les populations vers le nord, surexploitation entraînant une baisse des quotas…
Côté techniques de pêche, le chalut reste prépondérant, avec 57 % des tonnages et 55 % de la valeur de la pêche française. Parmi les espèces les plus chalutées, on retrouve la lotte, les poissons plats, les poissons de fond, les pélagiques ou encore la langoustine. Toujours en tonnage, les autres techniques de pêche importantes sont la drague pour la coquille Saint-Jacques (9 %), la bolinche pour la sardine (8 %) et le filet pour de nombreux crustacés et poissons plats (8 %). Mais la pêche française est marquée par une diversité des techniques de pêche sur un même bateau. Ils sont par exemple nombreux à pratiquer à la fois le chalut et le filet, ou le filet et l’hameçon.
En prenant en compte les régions, la Bretagne pèse pour 46 % des tonnages débarqués et pour 44 % de la valeur. Suivent la Normandie (20 % des tonnages), les Hauts-de-France (10 %), la Nouvelle-Aquitaine (10 %), les Pays de la Loire (10 %) et l’Occitanie (4 %). Boulogne-sur-Mer, dorénavant seule criée de sa région, demeure sur la plus haute marche du podium en termes de volume, suivie par Le Guilvinec et Erquy, qui dépassent Lorient pour la première fois. En valeur, c’est « Le Guil’ » qui truste la première place, talonnée par Lorient puis Boulogne. L’année 2022 voit en revanche la fin de l’enregistrement des débarques à Dunkerque et Cancale.
Au-delà des chiffres et des bilans annuels, les professionnels continuent pour la plupart d’être pessimistes quant à l’avenir de la pêche française. Entre plans de sortie de flotte, incertitudes sur les quotas, surcoût du carburant, défaut d’attractivité des métiers, consommation tournée vers les produits d’import et demande globale de produits de la mer en berne, les défis sont immenses.
Vincent SCHUMENG