À l’occasion d’un webinaire organisé le 7 décembre dernier, l’Eumofa a mis en avant deux systèmes aquacoles qui présentent de formidables opportunités de développement en Europe : les systèmes recirculés (RAS), et l’aquaculture multitrophique intégrée (AMTI). La première technologie consiste à réutiliser l’eau en pisciculture après une filtration mécanique et biologique, et la seconde à associer dans le même système des espèces complémentaires sur le plan du régime alimentaire (par exemple, des saumons associés à des huîtres et des algues).
Ces deux technologies présentent des allégations environnementales alléchantes : économie d’eau, réduction des rejets dans l’environnement, respect des cycles naturels dans le cas de l’AMTI… Mais elles ne sont pas exemptes de critiques, en particulier le RAS qui consomme beaucoup d’énergie pour faire tourner les pompes, et qui présente des densités de poissons très élevées, qui peuvent poser question quant au bien-être animal. Néanmoins, l’Eumofa affirme que les avantages environnementaux sont de bons leviers en termes marketing et valorisation des produits face à la pisciculture « classique », qui n’a pas toujours bonne presse auprès du grand public.
La production halieutique de l’UE-28 s’élève à 6,2 millions de tonnes en 2018, dont environ 20 % par l’aquaculture. Une part en hausse constante face au tassement de la production par pêche. Le marché de l’Union européenne représente 12,3 millions de tonnes, dont 2,9 millions issues de la production aquacole (salmonidés : 1,2 million de tonnes ; bivalves : 680 000 t ; crustacés : 390 000 t). La production européenne en RAS a augmenté de plus de 30 % en dix ans, et a atteint 29 500 tonnes en 2018. La croissance de ce secteur est importante, mais il ne représente que 2 % de la production aquacole européenne. L’AMTI est une technologie ambitieuse, mais qui ne présente aujourd’hui pas de projet commercial abouti en Europe.
Le principal pays européen sur la technologie RAS est le Danemark avec 12 800 tonnes de production, suivi par les Pays-Bas (5 000 t) et la France (3 700 t). Notons que pour l’Hexagone, la production en RAS a atteint 570 tonnes en 2014, puis un chiffre proche de 4 000 tonnes après trois ans de production quasi nulle. Les espèces produites par ce système sont la truite arc-en-ciel (56 % de la production RAS en volume), le poisson-chat (17 %), et l’anguille (14 %). En France est produite quasi exclusivement de la truite arc-en-ciel, et le Danemark est quasiment le seul pays qui produit du saumon (un peu plus de 1 000 t).
L’aquaculture RAS est en plein développement. Les pays de l’Union européenne travaillent sur plusieurs projets, qui ensemble représenteront une production de 200 millions de tonnes à terme. Cette technologie est portée par la Commission européenne et soutenue par le Feampa en répondant à ses quatre objectifs : résilience et compétitivité, transition écologique, acceptabilité sociale, et connaissance et innovation. La Commission et la DG Mare prévoient donc de sortir en 2023 un guide pratique sur la technologie RAS, avec un focus sur l’alimentation des poissons dans ce système, l’efficacité, l’efficience énergétique et l’empreinte carbone de ces systèmes, alors que l’UE souhaite atteindre la neutralité carbone en 2050.
Jacob Bregnballe de Akva Group a dressé lors du webinaire d’Eumofa le portrait de la technologie RAS, en insistant sur un aspect majeur : la difficulté de rentabiliser ces systèmes. Ils sont performants pour assurer une croissance rapide aux poissons juvéniles, mais provoquent une croissance lente pour atteindre la taille commerciale. À cela s’ajoutent des coûts d’investissements et d’entretien très importants, et la nécessité d’avoir des travailleurs formés et qualifiés pour faire tourner ces fermes RAS. Il faut donc valoriser au mieux ces produits : circuits courts, labels et certifications sur les allégations environnementales, ou encore production premium.
Vincent SCHUMENG


