Les prix grimpent encore et encore, chacun se dit que ça va passer, mais finalement, non. L’hiver 2021 a été marqué par des prix de vente du homard européen trop élevés. 47 euros sur le marché de Rungis en décembre, contre des prix habituels entre 37 et 42 euros/kg. Trop cher. « Il ne fallait pas avoir trop de stock pour avoir une chance de l’écouler », commente Erwan Dussaud, directeur commercial de Béganton du groupe Mericq. La sortie des confinements successifs a laissé penser que les Français avaient de l’épargne et l’envie de se faire plaisir. Mais pas à ce prix-là. « Il y a un prix de marché, un prix maximum. Même si le consommateur voulait se faire plaisir, c’était quand même trop cher. » Et puis, le variant omicron du Covid est venu gâcher les fêtes de fin d’année et le début de l’année 2022 avec de nouvelles fermetures d’enseignes. Le soufflet est retombé. Et il a fallu écouler les stocks. « La première perte est souvent la meilleure, lance Erwan Dussaud. La première vente à un prix cassé peut s’avérer plus intéressante que celles qui suivront avec un prix encore plus faible. Quand ça coince comme ça, parfois il faut savoir casser ses prix. »
Aux Viviers d’Audierne, Noël aussi a été très compliqué avec une hausse des prix de 20 à 30 %, estime Ronan Sergent, le directeur. « J’ai passé moins de commandes et on a réussi à écouler tout notre stock. Les ventes ont traîné jusqu’en février. » Pourtant, il avait moins de volume mais les coûts de production ont augmenté. Le stockage des homards en vivier a un coût technique mais aussi logistique. Il faut pouvoir assurer une bonne rotation du produit, de deux ou trois semaines maximum.
Volumes à la baisse
La saison a démarré un peu plus tard que d’habitude, vers juillet, contre le mois de mai généralement. La faute de l’Irlande et ses faibles captures. « Les cuiseurs ont pris du retard et sont entrés en concurrence avec la restauration sur la période estivale. Ça a fait grimper les prix », analyse Ronan Sergent des Viviers d’Audierne.
« Le homard sort de son terrier pour se nourrir, explique Erwan Dussaud de Béganton. Les nombreuses dépressions de l’an dernier expliquent peut-être ce retard dans les captures. » C’est l’Irlande qui ouvre habituellement la saison en mai, suivie de l’Est de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Écosse. Les homards pêchés en Bretagne, en particulier à la criée de Brest, approvisionnent également les étals mais les volumes étaient faibles cette année.
L’invasion de poulpes a fait du mal à la pêche des homards. Le poulpe est friand de crustacés comme l’araignée et le homard. L’année 2021 a vu des tonnes et des tonnes de poulpes débarqués en criée. Des pêcheurs se sont même retrouvés à troquer la vente de homards contre celle de poulpes.
Le marché du homard européen vendu vivant est un marché stable et traditionnel, essentiellement orienté sur une consommation littorale ou festive. En revanche, à l’export, la Chine devient un acteur qui pèse de plus en plus lourd sur le marché du homard bleu. « Quand la Chine accélère, ça peut faire mal car elle déstabilise le marché et ses acteurs », explique le directeur commercial de Béganton. Marché de niche il y a quelques années, l’Irlande et l’Angleterre y ont mis un pied rapidement.
Le groupe Mericq pèse, lui aussi, de plus en plus lourd sur ce marché spécifique des crustacés, et en l’occurrence du homard européen. Après le rachat de Béganton en 2016, il a fait l’acquisition début avril de Breizon, le numéro un du homard en Irlande. « Breizon était à l’origine un fournisseur du groupe Béganton pour les crustacés », raconte Hannah Pavillon, responsable communication de Mericq. Le groupe devient un acteur important et garde la main sur sa ressource et ses approvisionnements en les diversifiant. Mericq compte également profiter de l’expertise de Breizon sur le surgelé, un atout pour étendre ses marchés, en particulier à l’export.
Retrouvez la fiche espèce du homard européen sur le site du Guide des espèces PDM.
Julie LALLOUËT-GEFFROY