France AgriMer a récemment publié une « étude sur la situation économique et financière des entreprises de mareyage ». Faibles marges, inflation et sorties de flotte fragilisent ce maillon stratégique.
Il est souvent mal connu des consommateurs et parfois oublié par les pouvoirs publics lors des crises. Pourtant, le mareyage est un maillon essentiel de la filière produits de la mer. Basé sur les données 2022, le baromètre récemment publié par France AgriMer dresse un état des lieux.
Intermédiaire technique et commercial entre l’amont et l’aval, le mareyage assure plusieurs fonctions. Pour rappel, les mareyeurs achètent « en gros » les produits de la pêche fraîche. Ils créent de la valeur ajoutée en apportant les premières transformations – majoritairement manuelles – à ces approvisionnements : allotissement, découpe, filetage, pelage, cuisson des crustacés, etc. Ils jouent aussi « un rôle de régulateur du marché en cas d’engorgement ou de pénurie », souligne l’étude. Le mareyage maîtrise les aspects sanitaires et de traçabilité, fait preuve de réactivité et adapte une « offre particulièrement hétérogène à un marché de plus en plus standardisé ». Enfin, le rapport rappelle que les mareyeurs apportent des garanties et des délais de paiement réduits aux producteurs.
Le mareyage possède par ailleurs un poids économique important, avec 500 entreprises, 11 000 salariés, plus de 100 espèces travaillées, 150 000 tonnes de produits de la mer achetées (en 2020), soit 70 % du chiffre d’affaires des criées ! Même si un phénomène de concentration a été observé entre 2015 et 2022, le maillon du mareyage reste très majoritairement composé de petites entreprises (moins de 50 salariés). Autre caractéristique : le mareyage est un secteur à très forte utilisation de main-d’œuvre mais à faible coût salarial moyen.
2022 a été marquée par une hausse notable de la part d’entreprises de mareyage déficitaires, passée de 19 % en 2021 à 28 % en 2022. La hausse du chiffre d’affaires a été insuffisante pour couvrir l’intégralité de l’augmentation des coûts, conduisant à une baisse des performances économiques du secteur. « Les chiffres 2022 montrent les premiers effets de la guerre en Ukraine, de l’inflation et de la baisse de consommation, constate Peter Samson, secrétaire général de l’Union du mareyage français (UMF). En 2023, la situation s’est encore aggravée pour les mareyeurs, qui sont fortement touchés par la hausse des prix et le plan de sortie de flotte. »
Les trésoreries sont en baisse et restent bien inférieures à celles d’entreprises d’autres secteurs (y compris alimentaire). En revanche, les fonds propres des entreprises de mareyage restent relativement stables, à 33 % dans le total bilan. L’étude précise qu’il s’agit d’un « niveau correct pour un secteur peu capitalistique avec de faibles besoins en fonds de roulement (produits ultra-frais, peu de stocks) ». À 53 %, le taux d’endettement est également en baisse.
Malgré les difficultés économiques, les entreprises de mareyage ont été créatrices d’emplois en 2022. Les effectifs ont progressé de 8,9 % en 2 ans, à échantillon constant. La part de valeur ajoutée captée par les charges de personnel est en hausse. Mais un des enjeux forts du secteur reste la transmission. Dans le mareyage, les jeunes dirigeants sont rares, et le problème est encore plus prégnant que dans les autres entreprises agroalimentaires.
Fanny ROUSSELIN-ROUSVOAL