Les performances environnementales et socioéconomiques des flottilles françaises

Le 13/05/2024 à 12:19 par La rédaction

Un rapport scientifique de l’Institut Agro et d’Agro Paris Tech qui évalue l’impact environnemental des flottilles françaises en Atlantique Nord-Est ainsi que leurs performances économiques a été publié le 24 janvier. Pour Didier Gascuel, directeur du pôle halieutique de l’Institut Agro et coauteur de l’étude, « il s’agit d’un préalable à la construction d’un scénario de transition du secteur pêche, avec les professionnels ».

 

Des empreintes environnementales diverses

L’étude cible cinq enjeux environnementaux : la surexploitation, la capture de juvéniles, l’abrasion des fonds marins, la capture d’espèces sensibles (oiseaux et mammifères marins) et le bilan carbone. Sans grand étonnement, les chaluts de fond affichent la plus mauvaise empreinte sur quasiment tous les aspects, en valeur absolue comme rapportée à la tonne. Seule la capture d’oiseaux et de mammifères est un problème soulevé par les arts dormants, et c’est cette question qui a provoqué la fermeture du golfe de Gascogne en février.

 

La description des flottilles

L’étude distingue 12 flottilles agrégées en fonction de leur technique de pêche et de leur taille. Ainsi, on retrouve les arts dormants, les chaluts et sennes pélagiques, les chaluts et sennes démersales, et les dragueurs et polyvalents. Les segments de taille sont moins de 12 mètres, de 12 à 24 mètres et plus de 24 mètres. Il s’avère qu’un bateau sur deux fait moins de 12 mètres et opère aux arts dormants. Les chalutiers de fond représentent 28 % de la flotte, quasi exclusivement en dessous de 24 mètres.

Dans une note sur le site Pêche et Développement, Alain Biseau, ancien coordinateur des campagnes halieutiques de l’Ifremer, rappelle que ces flottilles ne sont pas figées et « qu’un navire peut utiliser plusieurs engins, ce qui n’est pas indiqué dans le rapport ». Une remarque qui amène à nuancer les résultats de l’étude. Alain Biseau appelle également à la prudence quant au fait que le rapport mélange chaluts et sennes dans les mêmes catégories, alors que leurs impacts environnementaux sont assez différents.

 

Une dépendance critiques aux énergies fossiles

Les crises de la pêche sont souvent liées au prix du gazole. C’est particulièrement vrai pour les chalutiers de fond, pour qui le carburant représente environ la moitié des charges. Ce sont également eux qui pèsent le plus lourd dans le bilan carbone de la pêche française.

Par ailleurs, l’Institut Rousseau chiffre à 327 millions d’euros les aides publiques à la pêche en 2021 en France, dont les deux tiers pour le carburant (détaxe et TICPE). La moitié bénéficie aux chalutiers de fond de plus de 12 mètres. Plus révélateur encore, ces navires, ainsi que les chalutiers pélagiques et les dragueurs de plus de 24 mètres, ne sont pas rentables sans ces subventions. De plus, pour ces flottilles, 1 euro d’argent public crée environ 1 euro de valeur ajoutée, contre 7 à 10 euros pour les arts dormants de moins de 24 mètres ou 5 euros pour les chalutiers pélagiques de moins de 12 mètres. Harold Levrel, économiste à Agro Paris Tech et coauteur de l’étude, en tire la conclusion « qu’il est plus rentable pour l’État de subventionner des flottilles qui ont moins d’impact ». L’argent du contribuable doit-il permettre de maintenir un secteur à flot – dont dépend également une filière à terre – ou favoriser un modèle de pêche plus vertueux mais moins productif ?

 

Des apports différents pour l'aval de la filière

Chaque flottille se distingue également par la nature de ses débarquements. Les arts dormants et les chaluts de fond se distinguent par une grande diversité d’espèces pêchées, qui tend à décroître sur les plus grands navires. Sans grande surprise, les dragueurs et polyvalents produisent essentiellement des coquilles Saint-Jacques. Chaque flottille débarque des espèces différentes, aux prix et intérêts variés en répondant à des demandes et des besoins distincts. Les volumes des flottilles chalutières font vivre les ateliers de mareyage et permettent de produire du poisson accessible pour le consommateur. Les arts dormants présentent des volumes plus réduits, mais offrent des produits à plus haute valeur ajoutée et bien valorisés en restauration. Si le débat de la pêche « artisanale » contre la pêche « industrielle » peut avoir une réponse, c’est sur leur complémentarité sur le marché, sur l’étal du poissonnier, la carte des restaurateurs, et in fine dans l’assiette du consommateur.

Pour Harold Levrel, la question est plus large : « Faut-il encore considérer que l’alimentation doit être si peu chère par la subvention ? La clé, c’est de diversifier la production et de favoriser par l’argent public non pas les flottilles avec le plus d’impact environnemental et les plus dépendantes aux énergies fossiles, mais les plus vertueuses. » La montée en gamme de la production pose ici la question de l’import et rappelle les débats qui secouent le secteur de l’agriculture. Comment concilier souveraineté alimentaire et préservation de l’environnement ?

 

Vincent SCHUMENG

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