France AgriMer publie son rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, adressé aux parlementaires. La filière produits de la mer y est analysée.
Concernant les produits aquatiques, France AgriMer se penche sur les marges réalisées par les entreprises de l’amont et de l’aval et détaille l’exemple de quatre produits : lieu noir frais, saumon fumé, coquille Saint-Jacques (Manche-Est et Manche-Ouest) et moule de bouchot. Dans les entreprises de mareyage, l’année 2022 est marquée par une hausse du bilan comptable, avec une augmentation de 10 % du chiffre d’affaires, essentiellement tirée par l’inflation. En revanche, le résultat avant impôt recule de 30 % et passe de 2,5 % des charges à 1,6 %. En cause, une hausse des achats et variation de stocks de marchandises qui gagne 1,7 point et atteint 56,1 % des charges. Les frais de personnel sont stables dans le bilan des charges (9,7 %) mais le baromètre annuel de la Banque de France rappelle que la main-d’œuvre représente 73 % de la valeur ajoutée des produits de mareyage, contre 56 % en moyenne dans l’agroalimentaire.
Si les mareyeurs semblent résister, malgré une crise profonde qui rebat les cartes de ce maillon charnière de la filière, la poissonnerie de détail souffre d’une baisse de chiffre d’affaires entre 2021 et 2022, passant d’environ 140 millions à 100 millions d’euros (CA cumulé de l’échantillon de l’étude). Avec la hausse des coûts de marchandises et des frais de personnel, les entreprises ont vu leur résultat avant impôt diminuer de 3,4 points, atteignant 2,2 % des charges en 2022.
Côté rayon marée en GMS, la marge nette, structurellement négative, est en baisse et représente – 6,6 % des charges, alors que les coûts d’achat et les frais de personnel dédiés sont en hausse. Le chiffre d’affaires est en baisse malgré l’inflation, indicateur d’une baisse des ventes en volumes.
L’exemple du lieu noir frais découpé est quant à lui révélateur d’une bascule du marché. Si le prix au détail reste stable à 12,09 euros/kg, la part de la matière première est en baisse à l’import et en hausse en criée française. La part de la filière aval pèse 21 % du prix, en augmentation de 2,5 points, et la part distributeur atteint 31,6 % (+ 3,7 points). Sur le saumon fumé, le prix est en hausse de 8,6 % en 2023, à 39,74 euros/kg, mais la part de la matière première reste stable, à 48,4 % après une hausse de 10,7 points entre 2021 et 2022.
Ces chiffres nous apportent quelques enseignements sur la filière : l’inflation ralentit et les marges se rééquilibrent entre la distribution et la matière première. En revanche, l’aval (mareyage, grossiste, transformation) s’adapte aux contraintes et aux prix de ses fournisseurs comme de ses clients.
Vincent SCHUMENG