Après le plan de sortie de flotte et dans un contexte de surcoût du carburant, Loïg Chesnais-Girard souhaite regarder de l’avant et porte une ambition forte pour la pêche bretonne. Il revient pour PDM sur les grands enjeux du moment.
PDM – Le secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, a annoncé la prolongation des aides carburant, ainsi qu’une aide au mareyage. Qu’en pensez-vous ?
L. C.-G. – C’est une bonne nouvelle, je reconnais à Hervé Berville sa pugnacité. Dans cette période de crise, nous avons besoin de cette aide, mais le temps est venu de réfléchir à l’avenir, de travailler sur le long terme pour sortir de la dépendance au pétrole, tant pour les navires que pour les entreprises à terre.
PDM – Le secrétaire d’État en appelle à un mécanisme de solidarité de filière et à répercuter le prix du gazole sur le prix final. N’est-ce pas difficile dans le contexte actuel de déconsommation ?
L. C.-G. – Il faut que la filière regarde toutes les solidarités internes possibles, comme en agriculture. Mais au bout du bout, l’aide publique est nécessaire, c’est un enjeu de souveraineté alimentaire. Oui, la filière doit se mobiliser, mais cela ne dispense pas l’État de prendre ses responsabilités.
PDM – Quelles sont vos priorités pour mener la transition énergétique de la filière ?
L. C.-G. – L’ensemble de l’économie va et doit s’affranchir du pétrole. Pour la pêche, nous n’aurons pas des moteurs électriques ou à hydrogène demain matin, mais nous devons y travailler. Cette crise du pétrole concerne d’abord les chalutiers, très sensibles au coût du carburant. Mais l’avenir de la pêche bretonne ne se construira pas uniquement avec des ligneurs, le chalut participe aussi à la souveraineté alimentaire. La clé, c’est de moderniser la flotte.
PDM – Vous avez annoncé un plan d’entrée de flotte d’une dizaine de navires. Quels sont les contours de ce plan ?
L. C.-G. – C’est en cours d’étude pour s’assurer de la compatibilité du projet avec les règles européennes, mais mon ambition est de remettre des bateaux neufs en mer, après le plan de sortie de flotte, avec un montage financier qui assure l’installation de jeunes pêcheurs. J’ai des retours positifs des mareyeurs, pour qui le volume est la clé de leur activité.
PDM – La Région travaille à une feuille de route halieutique, en concertation avec la filière. Quelle ambition portez-vous pour ce plan ?
L. C.-G. – Que la Bretagne reste leader en Europe ! Cela passe par l’accompagnement de ces transitions. Les entreprises de l’aval sont aussi impliquées. Les mareyeurs sont dans une situation délicate, mais il y a en Bretagne une masse critique qui permet de faire face. Puis vient l’enjeu de la discussion avec la distribution et la restauration commerciale et collective, ainsi que celui de l’éducation des jeunes et des consommateurs. La feuille de route sera annoncée en décembre.
PDM – Dans le cadre des élections européennes à venir, quelles sont vos propositions pour réviser la PCP ?
L. C.-G. – D’abord, il faut que la mer reste accessible aux pêcheurs, en conciliant l’activité économique avec la préservation de l’environnement. Ensuite, travailler sur le dialogue entre scientifiques et instances européennes pour adapter la PCP à la nouvelle donne climatique et écologique.
PDM – Vous étiez présent lors des Universités Breizhmer le 20 octobre, quel bilan en dressez-vous ?
L. C.-G. – Avoir une filière structurée et des acteurs qui se parlent est une chance pour la Bretagne, et c’est très important pour moi d’avoir cet interlocuteur. Il y avait de l’inquiétude dans les échanges, étant donné le contexte actuel, mais aussi une conscience que la filière doit dépasser les crises du moment et se projeter vers l’avenir.
PDM – La Région a-t-elle soutenu cette initiative ? Va-t-elle la porter au quotidien ?
L. C.-G. – La Région a apporté un soutien financier dès le départ et accompagne le label Breizhmer. Nous communiquons sur les produits, notamment lors du Salon de l’agriculture. Mais il faut travailler sur deux axes pour valoriser. Le premier, c’est d’éduquer les enfants dans les écoles et de voir comment mieux leur parler du poisson. Je suis de ceux qui pensent que des cours de cuisine dès le plus jeune âge sont indispensables. Le second axe concerne notre commande publique : j’ai demandé à ce que mes services juridiques regardent si Breizhmer peut être utilisé comme label de qualité dans le cadre de la loi Egalim.
Propos recueillis par Vincent SCHUMENG