Ça y est, le rapport annuel d’Eumofa, qui fait la synthèse du marché européen, est sorti le 28 novembre dernier. Il résume la place de l’Union européenne (UE) dans le marché mondial des produits de la mer, la consommation, le commerce extérieur, les débarques européennes et l’aquaculture. Il nous est rappelé qu’en 2020, l’UE représentait 3,9 millions de tonnes (Mt) de débarques et 1,1 Mt de production aquacole. Cela équivaut à 2 % de la production mondiale en produits aquatiques, laquelle est largement dominée par la Chine, à 39 %.
L’UE est un marché de 10,4 Mt de produits de la mer (pour la consommation humaine) : 4,1 Mt de production, 8,8 Mt d’import et 2,5 Mt d’export. Cela ramène la consommation à 23,28 kilos par habitant et par an en 2020, en légère baisse cette année à cause du Covid. Les espèces qui dépendent le moins des importations sur le marché communautaire sont les petits pélagiques, les bivalves, les poissons plats, les dorades, bars, lottes, mulets ou encore les sélaciens.
Parmi les pays les plus consommateurs de produits aquatiques, par an et par habitant, le Portugal arrive de très loin en tête (58 kilos), puis l’Espagne (44 kilos), le Danemark (35 kilos), la France (33 kilos) et le Luxembourg (32 kilos). Concernant les produits, c’est le thon qui se hisse en tête du classement, avec 3 kilos par an et par habitant, puis le saumon (2,44 kilos), le colin d’Alaska (1,72 kilo), le cabillaud (1,72 kilo) et les crevettes (1,46 kilo).
Concernant l’import-export, les échanges intra-UE ont dépassé en 2021 les importations (en valeur), alors que l’export extra-UE poursuit sa baisse. Cela est dû à un changement de comportement des consommateurs après la crise du Covid – ils se sont davantage tournés vers des produits européens – mais aussi à la chute du dollar et de la couronne norvégienne par rapport à l’euro, un phénomène dû d’une part au plan de relance américain, d’autre part à l’inflation provoquée par la guerre en Ukraine. La balance commerciale de l’UE était de – 19 milliards d’euros en 2021, en baisse de 1,8 %. Les pays les plus touchés par cette balance négative sont la Suède, l’Espagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Danemark et l’Allemagne. Nos principaux partenaires à l’import sont la Norvège, le Maroc, le Royaume-Uni, l’Équateur, la Chine et l’Islande. Les produits massivement importés sont sans surprise le fameux trio cabillaud-saumon-crevette. Pour l’export, les opérateurs européens envoient principalement leurs produits au Royaume-Uni, puis aux États-Unis, en Norvège, en Suisse, en Chine et au Japon.
En 2021, les échanges intra-UE ont atteint 6 Mt et 26,8 milliards d’euros. Les pays expéditeurs sont les Pays-Bas, la Suède, l’Espagne, le Danemark et la Pologne. Les espèces concernées sont majoritairement le saumon et le cabillaud, en frais mais aussi transformé (fumé, brandade…) En 2020, les débarques ont atteint 3,55 Mt pour 5,36 milliards d’euros, un chiffre d’affaires qui n’a jamais été aussi bas en 10 ans. Bien sûr, le Covid et l’arrêt de la restauration n’y sont pas pour rien. En volume, les principales espèces sont le hareng (15 %), le sprat (11 %), le merlan bleu (9 %), le maquereau (8 %) et la sardine (5 %). En valeur, on retrouve des espèces plus nobles comme les crevettes (8 %), le merlu (8 %), le maquereau (5 %), la sole (4 %) et la lotte (3 %). Les principaux pays pêcheurs en volume sont le Danemark (26 %), l’Espagne (20 %), les Pays-Bas (12 %), l’Irlande (9 %) et la France (8 %). En valeur, ce sont l’Espagne (30 %), la France (14 %), l’Italie (12 %), les Pays-Bas (9 %) et l’Irlande (9 %).
La production aquacole européenne a connu une croissance en volume depuis 2013, mais surtout en valeur, où elle est passée de 2,95 milliards d’euros en 2014 à 3,67 aujourd’hui ! Mais la valorisation baisse continuellement depuis 2017, en particulier sur les huîtres et les palourdes. En valeur, les principales espèces sont la truite (17 %), la daurade royale (13 %), le bar (13 %), les huîtres (11 %), les moules (11 %) et le thon rouge * (10 %). Notons qu’en volume, les moules dominent la production avec 37 %. Les principaux producteurs en volume sont l’Espagne, la France, l’Italie, la Grèce et les Pays-Bas.
Vincent SCHUMENG
* Il est mis en cage après sa pêche avant d’être expédié à l’international.