Thon : un marché multifacettes

Le 17/09/2024 à 13:35 par La rédaction

Le thon est un produit mondial par excellence. Les stocks sont gérés à l’international : la place boursière de Bangkok fixe les prix, sa transformation et sa commercialisation se font à l’échelle du globe… PDM fait un tour d’horizon des enjeux de ce produit.

Il est souvent dit que la conserve de thon est une « commodité » : peu chère, facile à préparer, idéale à stocker… Qui n’a pas une boîte de thon dans son placard ? Ce produit affiche un taux de pénétration de 86 % (2022, France AgriMer), de très loin le plus fort de l’ensemble des produits de la mer. À titre de comparaison, le saumon fumé affiche 67 % de foyers acheteurs.

Mais la dynamique ralentit et les volumes de vente baissent depuis 2021. La période de pandémie a largement été bénéfique au marché de la conserve, profitant d’un effet stockage. « En revanche, les marques de distributeurs (MDD) sont en progression et représentent désormais plus de la moitié du marché », nuance Pierre Commère, délégué industrie du poisson chez Pact’Alim. Une étude Kantar reprend les données de consommation en cumul annuel mobile à septembre 2023. Elle précise que les quantités de conserves de thon achetées par foyer et par acte d’achat ont diminué mais pas le taux de pénétration, ni le nombre d’actes d’achat. Ce produit de grande consommation reste dans le quotidien des Français mais souffre lui aussi du phénomène, largement connu désormais, de déconsommation. Côté circuit, ce sont les enseignes de proximité et à dominante marque propre (EDMP, ex-hard-discount) qui progressent, au détriment des supers et hypers.

L’espèce dominante sur le marché de la conserve est l’albacore (Thunnus albacares), largement pêché dans l’océan Indien, où de récentes négociations ont abouti à la réduction du nombre de dispositifs de concentration de poisson (DCP) pour les senneurs (lire dans PDM no 226, p. 50). Cela engendrera des augmentations de coûts de production pour les armateurs, en situation difficile aujourd’hui. « S’il y a moins de DCP, les bateaux débarqueront moins de volume aux Seychelles et le coût du gazole sera plus important », abonde Xavier Leduc, président d’Orthongel. L’archipel est en effet un hotspot de la conserverie de thon à l’échelle mondiale. Si les prix décidés en bourse à Bangkok ne sont pas corrigés en fonction du prix du carburant, d’autres correctifs sont appliqués en aval : « Il y a des ajustements importants liés aux droits de douanes, aux normes sanitaires et aux cahiers des charges mieux-disant des marques, complète Pierre Commère. Concernant le gazole, tous les armateurs sont à égalité. »

Les flux de thon, en termes de volume comme de prix, se font à l’échelle des océans, mais certains font le choix de la stabilité. C’est le cas d’Ulysse, bureau de négoce parisien qui travaille la longe de thon surgelée et l’émietté de thon appertisé pour les salades ou les sandwichs. « Notre philosophie vis-à-vis de nos fournisseurs, c’est la confiance et des relations de long terme », prône Guillaume Quilliot, directeur général d'Ulysse. Sur ses poches de miettes de thon pour les industriels, il constate que « le marché est en très forte croissante, les salades composées et les sandwichs sont des commodités. C’est un marché qui s’accélère avec l’inflation, mais aussi grâce aux nouveaux modes de consommation. Les restaurateurs ont aussi des contraintes de prix, certains passent du saumon au thon ».

Connétable, exception bretonne

Premier employeur privé de Douarnenez, Chancerelle-Connétable est véritablement une conserverie iconique de la région. Mais la concurrence est rude, entre les marques nationales leader et les marques distributeurs. Pour faire face, la conserverie lance sa marque « Bien pêché & fait ici » sur le thon naturel (boîte de 160 g, PMC 2,99 €) et le thon à l’huile (160 g, 3,39 €). « Le consommateur est de plus en plus attentif aux produits respectueux de l’environnement et l’origine France est un critère d’achat important », appuie Laurence Blanlœil, en charge du marketing. Sur l’aspect environnemental, la conserverie achète de l’albacore pêché sans DCP et porte sa démarche en propre « Pêche responsable », contrôlée par le Bureau Véritas. L’aspect local est évident : « Chancerelle est une entreprise familiale qui participe au rayonnement de Douarnenez. » Une origine qui rend ses conserves moins compétitives que celles de la concurrence basée aux Seychelles ou aux Maldives mais qui profite d’un argument local et peut faire l’objet d’un acte d’achat conscient, voire militant.

 

Vincent SCHUMENG

 

Retrouvez l'intégralité du dossier dans le magazine Produits de la mer no 226

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