Deuxième salmonidé élevé dans le monde, la truite revendique une production mondiale s’élevant à 981 239 tonnes en 2020, essentiellement en Iran (20 % en volume), Union européenne (19 %), Turquie (15 %) et Norvège (10 %). Suit le Chili, seul pays dont la production est en baisse dans la dernière décennie, enregistrant une diminution de 61 %. La production de l’UE s’élève à 184 840 tonnes en 2020, pour une valeur de 644 millions d’euros. Les tonnages sont principalement réalisés par la France (20 %), l’Italie (19 %), le Danemark (16 %) et la Pologne (11 %). Les plus gros marchés de la truite dans l’UE, en considérant la consommation apparente, sont l’Allemagne, le Danemark, la France, l’Italie, la Pologne, la Finlande et l’Estonie.
Mais ces chiffres globaux cachent une tendance de fond qui est l’essor de la truite grande taille (plus de 1,2 kilogramme) face au recul de la truite portion. Entre 2014 et 2020, les volumes de truite grande taille ont augmenté de 47 %, alors que la truite portion a baissé de 11 %. En 2020, la truite grande taille représente 38 % de la production européenne, en croissance. En France et en Pologne, c’est 45 % des volumes, 33 % au Danemark et même 100 % en Finlande. En Europe, 20 % des volumes de truite grande taille sont produits en France, 19 % en Italie, 16 % au Danemark et 11 % en Pologne. Les plus importants consommateurs de truite grande taille, considérant le marché apparent en volume, sont l’Allemagne, la France, la Finlande, la Pologne, et la Suède.
Concernant les importations extra-UE, la truite grande taille pèse 17 893 tonnes pour 136 millions d’euros, soit 61 % des volumes de truite importée, le tout essentiellement entière fraîche. Les principaux pourvoyeurs du marché européen sont la Norvège et la Turquie, respectivement pour 81 millions et 76,9 millions d’euros, représentant à eux deux 82 % des imports. L’export extra-UE de truite (toutes tailles comprises) est plutôt maigre, à peine 7 000 tonnes, dont 74 % en grande taille, et les volumes exportés sont en baisse depuis 2016. Le marché européen est essentiellement importateur et producteur pour sa consommation domestique. Dans les échanges intra-UE, la truite grande taille représente environ la moitié des échanges en volumes (61 % en valeur), le reste étant partagé entre la truite portion et la truite vivante. Les principaux pourvoyeurs aux échanges intra-UE sont la Pologne, le Danemark et la Suède, et les principaux importateurs sont l’Allemagne, la France, la Pologne et la Finlande.
« La montée en puissance de la truite grande taille s’est faite avec la croissance du marché de la truite fumée », explique Éric Mezrich, président de la commission marché du Cipa. Il souligne le potentiel de la production française, mais surtout ses limites : « Le marché a connu une forte croissance et il y a une demande de truite française, mais la production ne suffit pas à répondre à la demande. La dernière ferme qui a ouvert en France, c’était en 1994 ! Le potentiel de croissance est vraiment dans l’ouverture de nouvelles fermes, on milite auprès des élus depuis plus de 20 ans. Le Cipa défend le modèle aquacole français, composé de petites unités implantées et intégrées dans les territoire, auprès d’eux, mais la méconnaissance du métier d’éleveur de truite est trop grande. » Éric Mezrich note aussi la non-corrélation entre le marché du saumon et celui de la truite fumée. « Avec l’inflation, on pensait que la truite bénéficierait du prix élevé du saumon, mais le consommateur se détourne globalement du rayon traiteur. Pourtant l’origine française et locale de la truite séduit le consommateur. » Éric Mezrich reprend les derniers chiffres IRI et note une baisse des ventes en volume de 12 % pour la truite et de 12 % pour le saumon depuis le début de l’année.
Depuis deux ou trois ans, la production française s’est stabilisée, d’une part dû à l’absence de nouveaux droits à produire, mais aussi du fait de conditions climatiques défavorables. Des températures trop élevées ne sont pas adaptées à la croissance de la truite.
Vincent SCHUMENG