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Marine Levadoux, directrice générale du Cipa

 

 

 

Marine Levadoux, directrice générale du Cipa

 

« Permettre au consommateur
d’accéder au poisson français »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PDM : Comment se porte l’aquaculture française aujourd’hui ?
Marine Levadoux : La production aquacole française est stable, voire en légère progression sur certains segments. En 2018, 41 000 tonnes de truite ont été produites, c’est plus qu’en 2017. La force de l’aquaculture française est la diversité. Nous produisons toutes les espèces élevées en Europe, à l’exception du cabillaud. Nous avons un savoir-faire unique, il faut l’exploiter.


Pourrait-on produire plus ?
Une des demandes du gouvernement est de développer l’aquaculture française pour permettre aux consommateurs d’accéder aux poissons élevés en France. Aujourd’hui, seul 2 % du rayon marée est composé de produits issus des piscicultures françaises et 15 % des produits aquacoles vendus sont français. Nous avons la volonté d’aider à la création de nouveaux sites, mais aussi d’augmenter la production sur les sites existants. Le Cipa fait le lien entre les professionnels et les instances publiques pour transmettre les informations et les besoins des producteurs. Nous ressentons une volonté affichée de la part du ministère de l’Agriculture d’augmenter la production, c’est un signal très positif.

 

Quels sont les freins rencontrés par les producteurs ?
Le premier frein, c’est la réglementation. Les délais pour reprendre ou créer un site piscicole sont très longs. Certains professionnels rencontrent des difficultés à monter un dossier complet car certaines procédures sont complexes. Nous travaillons avec le ministère sur ces sujets. Une simplification de la procédure serait la bienvenue mais les enjeux environnementaux sont très complexes et pas forcément en accord avec la réalité d’une production. Il existe tout de même des aides octroyées par le Feamp pour l’achat de matériel, mais pas de prime à l’installation en tant que telle.

 

Est-ce que le marché est demandeur de produits d’aquaculture française ?
Il y a de la demande mais nous ne sommes pas suffisamment présents sur le marché. En GMS par exemple, le consommateur voit peu de produits d’aquaculture française. La truite fumée rencontre un fort succès, un tiers des Français en ont acheté en 2018. Le marché du brut est en déclin, donc les producteurs s’adaptent, ils élèvent des truites de plus grande taille pour les transformer. Il y a un vrai dynamisme au sein de la filière, on ne peut que souhaiter une meilleure visibilité. L’origine France est très reconnue et plébiscitée à l’étranger, notamment pour le poisson vivant.

 

À l’aide de labels ?
Oui, par exemple. Le bio représente 8 % de la production (1), ce qui n’est pas négligeable. La France est le leader européen de la truite bio. De notre côté, nous avons développé une charte qualité Aquaculture de nos régions pour la truite, les poissons marins et l’esturgeon afin de valoriser l’aquaculture française. Nous partageons le cahier des charges avec la GMS, WWF et certains grossistes. Il s’intéresse à différents enjeux de l’aquaculture et garantit la qualité du produit et son origine entre autres. Les consommateurs y sont attentifs et se sentent rassurés. Nous organisons des opérations de communication axées sur l’image des produit, plutôt que sur la vente car les volumes ne suivent pas encore. Dans un cadre de transparence et d’éducation, nous ouvrons les piscicultures au public lors de différentes journées. Nous développons également une application et un site internet pour permettre une meilleure communication entre les pisciculteurs et les consommateurs.

Propos recueillis par Guillaume JORIS
(1) Hors poissons d’étang

 

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