C’était une évidence, mais la pandémie l'a surligné. Le numérique s’immisce de plus en plus entre la mer et l’assiette, les producteurs et les consommateurs. Mais est-il si facile de digitaliser une filière bien spécifique ? Entre espèces sauvages et apports irréguliers, plateformes de vente et e-commerce, comment dessiner l’avenir ?
Alexandre Bertrand – Hublot – Cofondateur et développeur. « La bataille des start-up est de faire comprendre les intérêts, mais aussi les dangers du numérique. » |
Max Palladin – Association des directeurs et responsables des halles à marée (ADRHAM) «À la base, il y aura toujours un humain pour entrer l’information. » |
Charlotte Abadie – Méricq – Directrice du marketing. Fille d'André Abadie, président du groupe Méricq «Mettre les pieds dans un port de pêche suffit à convaincre que le numérique ne révolutionnera pas la filière sans le savoir-faire des hommes. » |
Renaud Enjalbert – ProcSea – PDG «Standardisation, transfert de données, référentiel produit… ces mots sont omniprésents dans la filière. » |
Dominique Bertrand – FormaFrais – Fondateur et formateur «Il faut continuer à favoriser le transfert de connaissances et d’informations entre professionnels investis dans la filière, de la production jusqu’au consommateur..» |
Sommaire : 6- Existe-t-il une spécificité française ou ces questions sont-elles internationales ?
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1- Comment et quand avez-vous pris conscience de l’importance du numérique dans votre couloir d’activité, et quelles ont été vos premières actions dans le domaine ?
Max Palladin : L’une des premières criées informatisées est celle de Cherbourg, au début des années 90, suivie par le Croisic. Mais nous sommes restés très longtemps avec une culture papier et vente à la voix. Nous enregistrions ensuite les transactions, de façon basique, selon ce que permettait la technologie de l’époque. Dans les années 2000, Internet et les nouvelles technologies ont fait disparaître les ventes à la voix qui se sont informatisées. Outils locaux au départ, elles ont ouvert la vente à distance. Aujourd’hui, entre 40 et 100 % des achats, selon les criées, s’effectuent via Internet. Cherbourg a fermé sa salle de vente. Au Croisic, où l’on vend pourtant beaucoup de vivant, 60 % passent par le net. La progression a été très rapide et a demandé des investissements permanents. Nous proposons par exemple du streaming vidéo en live pour que les acheteurs à distance jugent le produit.
Charlotte Abadie : Nous nous sommes lancés dans le numérique il y a une vingtaine d’années. Une révolution dans une filière dominée par le papier et le crayon. Depuis, les enjeux du numérique sont intégrés dans le développement de l’entreprise. Dans la communication notamment, alors que nous devenions de plus en plus multisite. Puis sur la structuration elle-même, où nous avons beaucoup dématérialisé. Depuis 2016, nous développons une application de commerce numérique. Et les chiffres sont enthousiasmants. Renaud Enjalbert – Avant de m’investir dans le numérique, j’étais déjà dans l’import-export alimentaire. Je travaillais avec les restaurants et palaces londoniens et exportais des produits écossais (langoustine, homard, etc.). J’ai vécu le non digital et expérimenté les contraintes, les freins à la croissance : pertes de temps, logistique complexe, devises… Puis une autre expérience chez un grossiste à Rungis m’a convaincu de l’apport potentiel de valeur du digital, après avoir comparé une quarantaine de fax sur un bureau, en offre, en prix, fournisseur… pour acheter un turbot ! Je me suis ensuite lancé dans le trading avec Florian Dhaisne. Nous vendions des produits que nous achetions ensuite. Entre recherche, comparaison, logistique, douane, facturation… on a vite convenu de passer au digital. Notamment pour affiner la qualité de l’information de l’état des stocks auprès des fournisseurs. Petit à petit, le concept de market place, dans laquelle acheteurs et vendeurs communiquent entre eux, a émergé.
Alexandre Bertrand : Les volumes sont sans doute moins importants dans notre partie finale, celle de la distribution. Néanmoins, au-delà de l’achat, où les professionnels apprécient encore le contact, téléphonique ou autre, il s’agit d’accompagner au mieux le suivi des transactions, la traçabilité… Faire en sorte que l’information arrive au plus près du consommateur, depuis le navire ou la criée. Nous cherchons, via l’intelligence artificielle notamment mais aussi la formation, à développer des solutions métiers et à les mettre en application avec le moins d’effort pour les utilisateurs.
2- A-t-il été facile de trouver des outils qui répondent à vos analyses et vos besoins ? Comment avez-vous élaboré les vôtres ?
Max Palladin : Déjà, on touche à l’humain et les gens doivent s’approprier les outils. Autre aspect important : celui de l’harmonisation des pratiques et des normes. Le chantier n’est pas fini. Les appréciations qualitatives passent encore beaucoup par l’humain, ce qui crée encore un frein à une uniformisation informatique. Répondre à la demande des autorités en termes de traçabilité, à l’origine des développements informatiques en criée, a constitué un chantier de plusieurs années. Mais il faut comprendre qu’un pêcheur effectue un premier tri à bord, dans des conditions difficiles. Le produit débarqué et vendu n’est peut-être pas aussi finement calibré que le souhaite un ordinateur !
Renaud Enjalbert : On essaye effectivement de commercialiser un produit non standardisé dans une industrie qui n’est pas standardisée non plus… ce qui complexifie les choses ! Il y a de l’humain, des habitudes, des produits sauvages : tout change au quotidien et demande une mise à jour. Nous ne vendons pas des canapés ! Il faut gérer le temps réel. Tout se passe en quelques heures tous les matins. Charlotte Abadie
Charlotte Abdie : Le frein du développement du numérique dans la filière est en même temps sa force. L’ADN, c’est les hommes, la complexité du métier, les valeurs. La richesse réside en partie dans l’absence d’uniformisation, dans la difficulté à être codé.
Alexandre Bertrand : En plus, nous sommes dans un univers de produits ultra-frais. Le produit doit circuler très vite. Il est difficile de prendre le temps d’ajouter une étape qui ralentit le flux. Et en termes de données, de standardisation des produits, il n’existe pas de base assez précise et cohérente sur le nom latin, la zone pêche… Ce qui génère des erreurs potentielles et une véritable difficulté pour nous, les développeurs de solutions. Mais c’est aussi notre valeur ajoutée.
Dominique Bertrand : L’enjeu de la digitalisation de cette filière plutôt complexe passe aussi par la formation. Les potentiels candidats découvrent déjà un milieu particulier, en termes d’horaires ou de température, et en plus on ne leur propose pas d’outils simples de compréhension ou de formation. Il existe un vrai risque de décrochage, car la marge est grande avec ce qui fait leur quotidien aujourd’hui. Nous n’avons pas encore les bons outils. Pour que cette filière progresse, il faut en développer.
3- Quels sont les principaux besoins et à quoi doit répondre la digitalisation de la filière ? Une meilleure gestion de l'offre en anticipant les apports constitue-t-elle un point important ?
Charlotte Abadie : L’anticipation facilite les transactions. Aujourd’hui, nous sommes capables de vendre sans avoir acheté. Mais, plus il y a de prévisions et plus nous sommes sûrs des stocks et de la disponibilité des produits. Plus nous disposons d’informations et plus nous sommes efficaces dans les offres faites à nos clients. Sur nos structures amont, avec les caseyeurs par exemple, ce qui est pêché est vendu avant l’arrivée du bateau. Pour valoriser la filière et les belles pêches potentielles, c’est essentiel. On l’a constaté pendant la crise. Certaines sont restées invendues par manque d’anticipation.
Renaud Enjalbert : Il faut peut-être aussi que l’info qui arrive aux mareyeurs soit rapidement transmise au client final, restaurateur ou distributeur. Cela éviterait de nouvelles saisies et ajouterait de la fluidité.
Max Palladin : Mais la filière française demeure très artisanale, avec des patrons pêcheurs qui font le choix de communiquer ou pas. Et, en remontant dans la chaîne, le choix de diffuser de l’info ou non peut aussi être différent. Nous, nous allons jusqu’à l'acheteur, qui à son tour, fait ce qu’il veut.
Charlotte Abadie : L’objectif est malgré tout que le consommateur final dispose le plus rapidement possible du produit. Donc tous les acteurs doivent s’allier et chacun à son échelle, faire ce qui est possible, y compris numériquement, pour aller de plus en plus vite et apporter de la valeur.
Max Palladin : La demande du consommateur en traçabilité et autres informations est forte. Et cette traçabilité commence à se structurer dès la halle à marée, quand on qualifie un lot, une unité de vente. Des outils existent déjà pour la faire remonter en temps réel. Après, il faut voir de quelle façon la valoriser au mieux.
4- L’information et les données se partagent-elles facilement dans toute la chaîne. Existe-t-il des cloisonnements ou de la fluidité ?
Renaud Enjalbert : Je pense que beaucoup d’acteurs ont encore de vieux outils. Les référentiels produits peuvent aussi être différents
Max Palladin : Nous avons un exemple contraire avec Hublot qui a travaillé avec le référentiel européen des produits de la mer, issu du RIC, le Réseau intercriée. Il codifie l’ensemble des espèces : noms scientifiques, noms communs, tailles… Les référentiels existent donc. Mais comme leur mise en œuvre reste humaine, elle reste soumise à variation.
Dominique Bertrand : On en revient au problème de formation. Y compris sur les navires.
Renaud Enjalbert : Ce référentiel existe effectivement et nous l’utilisons chez ProcSea. Mais cela va plus loin. Certains mareyeurs vont par exemple intégrer divers paramètres à l’intérieur d’un même article, quand d’autres vont les isoler. Beaucoup de pratiques peuvent être différentes, ce qui oblige à créer des « mappings » relativement complexes, entre ceux du fournisseur, le nôtre et celui du client final. Nous proposons alors notre logiciel pour fluidifier la circulation de l’information. Tout le monde s’appuie sur notre taxinomie, la manière dont nous construisons un produit, avec ses différents attributs : engins de pêche, labels, etc.
Alexandre Bertrand : Dans la grande distribution, certains magasins de la même enseigne peuvent avoir des codes différents sur un même produit ! Les QR codes par exemple, ne sont pas forcément repris par l’ensemble de la chaîne et l’information se perd. La question est de savoir s’il est cohérent de mettre un acteur au centre de ces questions afin de récupérer les infos, faire le tri, créer une base de données et assurer la transmission. Avec quel danger ? Un tel acteur peut décider du jour au lendemain de monnayer ou d’augmenter le coût d’accès à cette info. Ou alors chacun développe son propre système d’information, avec les difficultés de la circulation. Mais il est nécessaire d’accorder à un moment les nombreux acteurs sur une plateforme finale et une standardisation. Par défaut, Hublot prend le problème à l’envers et développe des outils susceptibles d’être compatibles avec tous les systèmes. Nous prenons une photo de l’étiquette de traçabilité et sommes capables de récupérer les infos avec une simple lecture de caractère. Même si la présence d’un QR code est un plus. L’essence de la machine, c’est la donnée. Il faut la partager, mais elle a parfois des propriétés explosives, si elle est fausse ou incohérente. Charlotte Abadie – Deux enjeux sont primordiaux pour le développement du numérique dans la filière. À l’origine, il reste un être humain qui entre de l’information et doit être bien formé. Ensuite il faut des outils de qualité.
Dominique Bertrand : Il faut aussi parler, dans le cadre de la production primaire, de l’aquaculture. Les habitudes et les problématiques sont différentes.
5- Les grands acteurs de ce secteur, forts de leur poids international et de leur rapport avec la grande distribution, n’ont-ils pas déjà imposé leurs codes, leurs normalisations ?
Dominique Bertrand : Pour certains, oui, via le développement de filière intégrée avec la grande distribution par exemple, qui fonctionne plutôt bien. Mais je pense que la communication jusqu’aux forces de vente du terrain, chefs de rayon et équipes, n’est pas assez poussée.
Alexandre Bertrand : Du coup, le passage de l’étiquetage « traçabilité » à l’étiquette « consommateur final » se fait mal. Si le chef de rayon n’est pas capable de traduire, par manque de formation ou d’information, des normes de qualité ou autres, il y a une perte. C’est dommage.
6- Existe-t-il une spécificité française ou ces questions sont-elles internationales ?
Alexandre Bertrand : Le nombre d’acteurs est déjà important dans l’Hexagone, donc les questions de standards se posent encore plus à l’international. Mais il reste néanmoins plus facile de digitaliser la production d’éleveurs de crevettes de Madagascar, que celle d’un éleveur de truite corse de très bonne qualité que je connais, qui refroidit ses caisses avec la neige de montagne, les libelle à la main et les livre lui-même à la grande surface.
Max Palladin : Une différence encore avec l’aquaculture est le nombre d’espèces concernées : quelques dizaines dans le monde au contraire du sauvage qui en concerne quelques centaines.
7- Quels peuvent être les services apportés en plus par la digitalisation, en termes de gestion de la ressource, de productivité et de marketing ?
Max Palladin : Pendant la crise, on a observé que les places de marché qui permettaient une réelle communication entre les professionnels, entre amont et aval, ont bien fonctionné. Les producteurs étaient informés de l’état des marchés en temps réel et ciblaient les pêches. Il faut développer ce type d’outils.
Charlotte Abadie : C’est exactement ce que Mericq vise avec sa nouvelle application à sortir courant 2021. L’objectif est de mettre en avant les produits d’exception tout en proposant d’éventuels substituts, afin d’accompagner nos clients dans la recherche de nouveaux produits.
Alexandre Bertrand : Il faut développer des outils pour apporter de l’information pertinente au client final. Donc déjà définir ce qu’est une info pertinente : origine, qualité, durabilité, préparation… ? Puis comment utiliser le smartphone que le client a dans sa poche pour la lui transmettre.
Charlotte Abadie : Le meilleur vecteur reste néanmoins le poissonnier. C’est lui qui met en valeur le produit. C’est donc plus lui que nous devons cibler en termes d’informations, afin qu’il gagne en précision et pertinence.
Renaud Enjalbert : Nous avons déjà travaillé dans cet esprit avec les restaurateurs. Je pense que la transparence favorise la petite pêche, les produits français… plutôt que l’éternel saumon ou le cabillaud. Mais la digitalisation peut apporter plus que de la communication. Le transfert d’information permet aux entreprises d’optimiser les processus. Nous sommes dans un univers avec des marges pas forcément énormes et le moindre détail compte. Il libère du temps pour un acheteur en termes d’envoi de mail, de gestion de la logistique, de saisie des achats, etc. Ce sont quelques heures gagnées par personne, multipliées par plusieurs acheteurs sur une année, que vous dirigez plutôt vers des tâches à valeur ajoutée comme le développement commercial ou l’information client. Ceci est valable tout le long de la chaîne de valeur, pour générer de la croissance. Au-delà, la data, récoltée au quotidien grâce à de l’interconnexion et du transfert d’information, permet aux responsables de diriger leur entreprise avec plus de finesse.
Charlotte Abadie : Nous sommes convaincus que si l’ensemble des maillons de la chaîne associaient la force des hommes, leurs valeurs et savoir-faire à du numérique, on gagnerait en productivité et en efficacité. C’est le combo gagnant.
Dominique Bertrand : Les outils numériques peuvent aussi participer à une meilleure gestion de la ressource, en partant du rayon. En fonction de la taille de l’entreprise, les commandes sont passées par caisses de 3, 5 ou 10 kilos. Le taux de casse, qui devrait se situer sous les 3 %, finit très souvent bien au-dessus au cumul de l'année. Des outils précis pourraient remédier à ce problème et réduire le gaspillage.
Alexandre Bertrand : Les poissonniers ont déjà les informations dans leurs logiciels. Mais ils ne les utilisent pas, soit parce qu’ils ne savent pas les chercher, soit parce qu’ils ne savent pas les exploiter à cause de la complexité du métier. La prévision d’achats dans la marée, cela demeure difficile.
Renaud Enjalbert : Un autre axe dans lequel le digital peut faire sens, c’est celui de la durabilité. De plus en plus d’acheteurs souhaitent des produits durables, voire uniquement cela. Mais tous ne savent pas ce que cela implique spécifiquement : un engin de pêche ? Une zone ? Une saison ? Ils demandent donc des filtres automatiques basés sur des référentiels de type Ethic Océan, M. Goodfish, WWF, etc. Ou alors, ils nous livrent leur cahier des charges internes. Certaines enseignes, soucieuses de leur image, ne veulent vraiment pas qu’une erreur humaine les amène à commercialiser ce qu’elles rejettent.
8- Le digital apporte-t-il aussi des réponses face à des plateformes de plus en plus intrusives dans l’alimentaire, telles que Yuka ?
Alexandre Bertrand : Ces applications sont très intéressantes, mais difficiles à aborder pour le côté trad. Sur l’emballé, il faut aussi faire attention. Et là, nous manquons peut-être de compétences ou d’informations. C’est difficile de faire circuler le discours scientifique jusqu’au consommateur final. De faire passer l’idée sur différents réseaux, que la pêche aujourd’hui, ça n’est pas forcément si catastrophique que cela.
Charlotte Abadie : Si on voit le numérique depuis l’amont de la filière seulement, cela n’a effectivement pas beaucoup d’intérêt. Mais si on envisage la filière dans sa globalité avec ses axes formation et marketing, le numérique, en étant transversal, peut être une force incroyable. La RSE est le fil rouge des entreprises en développement. Nous cherchons tous du clean label, du sans additifs, du durable, etc. Donc, toutes les applications qui permettent la mise en avant de ces démarches, de l’engagement des entreprises, sont bénéfiques.
Dominique Bertrand : On en revient au fait que les acheteurs, à tous les niveaux, doivent disposer de la bonne information.
Charlotte Abadie : Chez Mericq, nous avons créé l’an dernier notre propre centre de formation, d’abord à destination de nos salariés, mais aussi demain pour nos clients. L’objectif est de former par le digital l’ensemble de nos clients afin qu’ils deviennent des vecteurs de diffusion de toutes ces informations. Il s’agit d’enjeux primordiaux pour nous. Si on veut se développer, nous devons aider nos clients à se développer.
9- En termes de coûts, quelles sont les meilleures approches : travailler à l’interne, faire appel à des développeurs ?
Charlotte Abadie : Nous avons quasiment tout développé en interne, en partant du principe qu’il faut connaître la filière pour créer des outils adaptés. Aujourd’hui, nous échangeons aussi avec les nouveaux acteurs de l'informatique qui s’investissent dans notre filière avec des compétences complémentaires.
Alexandre Bertrand : Trois solutions existent. Le développement interne effectivement, mais les petites structures auront du mal. Faire appel à un prestataire, sans connaissance particulière du métier, qui va développer un logiciel avec le risque qu’il ne corresponde pas aux besoins. Ou travailler avec une entreprise dotée d’une connaissance du métier, et qui développe des logiciels spécifiquement pour cette filière. Il est plus facile pour elles de rester à la pointe de l’innovation, ce qui est un impératif car les évolutions sont permanentes.
Charlotte Abadie : Nous investissons autant aujourd’hui dans l’informatique que dans les achats. L’enjeu est colossal pour l’avenir. Le premier développeur arrivé dans l’entreprise il y a 20 ans est toujours là ! Il était notre prestataire externe à l’origine ! Il est désormais encadré par un DSI (directeur des services informatiques) qui pilote une dizaine de personnes en interne.
10- Comment percevez-vous l’étape suivante de la dématérialisation des ventes, boostée par la pandémie : e-commerce, drive, click and collect… ?
Charlotte Abadie : Nous créons aujourd’hui une direction marketing, que je prends en charge, car ses enjeux sont primordiaux pour demain. Connaître le consommateur nous aidera à nous développer.
Alexandre Bertrand : Nous sommes sur des produits frais, ce qui pose un problème pour cette partie vente à distance, si importante aujourd’hui. Les drives ont essayé et cela ne fonctionne pas très bien, même en période de confinement.
Charlotte Abadie : La consommation des produits de la mer sera complètement différente dans 10 ou 20 ans. Le numérique doit être un levier pour toucher de nouveaux consommateurs.
Renaud Enjalbert : Notre stratégie n’est pas d’aller jusqu’au consommateur, mais nous avons beaucoup de demande sur le transfert d’information entre le stock et les interfaces d’e-commerce, drive ou autres. On nous sollicite comme « connecteurs ». Les achats de produits de la mer passeront de plus en plus par le net. Mais cela impose de la transparence. La confiance est impérative. J’ai vu des chefs étoilés, qui, du mode d’achat traditionnel par téléphone ou en se déplaçant, passaient à l’achat en ligne une fois qu'elle était installée.
Propos recueillis par Dominique GUILLOT