Espagne : la Catalogne veut continuer à y croire

Le 15/04/2024 à 17:34 par La rédaction

Après l’Italie et la France, la Méditerranée espagnole subit le plan de gestion européen pour le chalutage. Avec la crainte d’une déstructuration fatale. Alors que les consommateurs perdent ici aussi l’habitude de consommer local, le gouvernement catalan met le paquet pour soutenir sa filière.

 

Le 3 février, le gouvernement de Catalogne a présenté un plan de 19 millions d’euros pour soutenir la pêche régionale (cofinancement Feampa). Il complète le plan de 15 millions d’euros de 2023, ainsi qu’un plan de 12,5 millions d’euros sur cinq ans pour un meilleur « partage de la plus-value » de la pêche des communautés côtières.

Formation et transmission, décarbonation et modernisation des navires, coordination des premières ventes, place des femmes, transformation… le but est d’assurer la pérennité de la filière. Car dans les ports et sur les marchés, l’humeur est maussade.

Le plan de gestion européen pour les espèces démersales de Méditerranée occidentale (ou MAP, en espagnol) est « une arme de destruction massive », gronde Joan Ballagué, le responsable de la cofradía de Sant Carles de la Rapita sur le delta de l’Ebre, premier port de Catalogne. Sa structure, une des 26 cofradías catalanes, cumule la fonction ancestrale de représentation des pêcheurs et de gestion collective : suivi des débarquements, halle à marée, coopérative de fournitures, caisse sociale… Le port compte 50 petits métiers et 36 chalutiers de 14 à 24,90 mètres. Et encore : 2 ne sortent plus, faute d’équipage. Il y en avait 47 actifs il y a 10 ans. « Le MAP n’a même pas valorisé les arrêts que nous faisons volontairement, huit semaines chaque été depuis des décennies. Les chalutiers ne peuvent plus travailler qu’entre 130 et 150 jours par an. Cinq mois à quai ! »

À 250 kilomètres, la vision n’est pas plus optimiste et les prix pas meilleurs pour compenser les pertes. « Le MAP, c’est une restructuration industrielle qui ne dit pas son nom », tonne Antonio Marzoa Notlevsen, le patron de la cofradía de Arenys, au nord de Barcelone, dont la structure est passée d’un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros à 6 millions. Après les palangriers en 2023, le gouvernement de Madrid menace désormais de limiter la petite senne coulissante. « Le gouvernement catalan, lui, croit à la cogestion avec ses pêcheurs, insiste-t-il. Nous avons l’une des filières de distribution les plus performantes d’Europe mais nous devons lutter contre l’inflation, la mondialisation et les hypermarchés. Ces plans ne peuvent être que des solutions temporaires. Un emploi de pêcheur, c’est cinq emplois à terre. Pourquoi tout casser ? »

 

Vivre au jour le jour

Pêcher moins mais pêcher mieux ? Miquel Arbo Juan ne sait plus quoi en penser. « Je comprends qu’il faille des contrôles mais ce que nous vivons est disproportionné, estime le jeune patron de 29 ans du Punta La Banya, cédé par son père Casiano, 59 ans, resté à bord, ainsi que sa mère Elodia, matelot. En février, j’ai pêché entre 200 et 250 kilogrammes par jour. Au retour, si je me trompe de 10 % dans le journal électronique pour l’évaluation d’une des trente espèces différentes, le gouvernement de Madrid me dénonce et je peux perdre les 30 000 euros d’indemnisation des arrêts temporaires. Pendant cinq ans ! Je  passe des heures à remplir des formulaires. Prix du carburant, problèmes de ressource… je vis au jour le jour. »

 

Hélène SCHEFFER

 

Retrouvez l'intégralité du dossier dans le magazine Produits de la mer no 224

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • More Networks
Copy link
Powered by Social Snap