Difficile de vivre de la pêche en Loire quand les silures et brèmes dominent de plus en plus les captures au détriment des sandres et mulets. Pour participer au rétablissement d’un équilibre écologique, Alain Baillet et Gilles Begaud ont investi dans la première transformation et le cobranding pour valoriser leurs poissons d’eau douce.
AB Pêcheries de Loire Localité : Carquefou (44) Dirigeants : Alain Baillet Chiffre d’affaires : 300 000 à 400 000 euros, dont 70 % réalisés par l’activité de prestations environnementales piscicoles et 30 % par l’activité mareyage et commercialisation des poissons de Loire. À terme, les deux patrons pêcheurs espèrent un équilibre à 50/50. Salariés : 3 personnes Volumes de captures : 40 t dont 20 pêchées en propre (70 % de silure et brème ; |
Pêcheur artisanal sur la Loire, Alain Baillet, fondateur d’AB Pêcheries de Loire, revendait régulièrement mulet, silure et sandre à Gilles Begaud, acheteur chez Système U basé lui aussi à Carquefou. Une rencontre commerciale qui leur a donné l’envie, voilà deux ans, d’unir leurs forces pour valoriser les poissons de Loire. « Dans le cadre des prestations piscicoles que nous menons, qu’il s’agisse de pêche de sauvetage lors du nettoyage de barrages ou de protection contre les espèces invasives, nous constatons que le silure, un grand carnivore, représente souvent plus de 50 % de la biomasse. Brochets et sandres disparaissent », explique Alain Baillet, qui rappelle que les lettres AB glissées devant Pêcheries de Loire signifient Aqua-Biodiversité. Pour ce pêcheur, « il faut rétablir un équilibre biologique en valorisant cette espèce qui est comme une lotte de Loire. Aujourd’hui, son prix en première vente, à 1 ou 2 euros/kg maximum, ne permet pas de rentabiliser sa pêche. Il faudrait le vendre 4 à 5 euros/kg. » Les deux hommes, soutenus par des fonds Feamp pour la valorisation d’espèces nouvelles, le pôle Mer Bretagne et le syndicat mixte pour le développement de l’aquaculture et la pêche en Pays de la Loire, ont investi 700 000 euros depuis 2016 pour y parvenir. Au menu : des viviers, un équipement de surgélation et un congélateur de stockage de 170 m3 – qui agrandissent le laboratoire aux normes européennes de 200 m2 – et le développement de pièges non létaux. Lauréats de l’Ademe, ces pièges garantissent une pêche responsable. Sélectifs et passifs, ils ont été adaptés par Alain Baillet pour « garantir un meilleur bien-être des poissons capturés ». Une fois les pièges levés, les poissons sont mis soit sous glace soit dans l’eau, pour rejoindre le site de l’entreprise. « Pour les espèces les plus nobles, comme le sandre, le brochet, mais aussi le silure, nous les replongeons dans nos viviers, dans des caisses opaques, pour les faire jeûner. Une étape clé pour garantir la qualité nécessaire à une valorisation en ikejime », précise Gilles Begaud. Actuellement, seuls 20 % des prises nobles sont abattues selon cette méthode japonaise qu’affectionnent les chefs des grandes tables. « Demain, cela pourrait être 20 % des captures, si les débouchés pour le silure sont là. » L’activité est chronophage, mais permet de faire grimper les prix des espèces à près de 35 euros/kg, pour le brochet et le sandre en tout cas. Pour 70 % des 20 tonnes capturées par les deux pêcheurs, auxquelles il faut ajouter presque 20 tonnes de poissons d’eau douce issues des activités de prestations piscicoles, silure et brême en tête, il faut trouver d’autres débouchés. AB Pêcheries de Loire a déjà noué un partenariat avec La Sablaise pour travailler en soupes et rillettes une partie des volumes. « La Sablaise nous achète brèmes et silures préparés à un tarif qui nous permet de vivre. Nous lui rachetons à un tarif négocié une partie des produits finis siglés Marins d’eau douce by La Sablaise, pour les diffuser très localement », explique Gilles Begaud. Actuellement, un partenariat similaire est en cours pour lancer une gamme de poissons fumés avec le fumeur artisanal Les Saules. « Mais demain, pourquoi ne pas lancer une gamme de tataki avec le silure ou d’autres produits à destination de la restauration japonaise comme nos pétales de brème », poursuit le responsable qui tend la main à des partenaires. Avant d’aller les démarcher, les deux associés ont décidé de solliciter le chef nantais Éric Chisvert pour proposer des idées de mise en œuvre. « Ces poissons ont des qualités indéniables, mais personne ne sait quoi en faire. Nous sommes prêts à répondre aux demandes de découpes sur mesure s’il le faut, à investir dans de l’IQF si besoin », affirment les deux partenaires qui montrent l’exemple, en ouvrant l’été une petite paillote, où les pétales de brème cuits à la haïtienne enchantent les papilles des touristes des bords de Loire. Un concept à franchiser ? Pourquoi pas ! Il n'y a pas de problème de ressource. Textes et Photos : Céline ASTRUC |
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