Créée en 2013, la PME agenaise Comerso est devenue un acteur clé de l’antigaspillage et de la valorisation des invendus. Elle a déjà séduit plus de 350 clients, principalement dans la grande distribution et l’industrie agroalimentaire. En 2018, elle aura redistribué l’équivalent de 10 millions de repas auprès de 400 associations caritatives partenaires. Pour autant, en 2016, l’Ademe (1) estimait à 2,8 milliards de repas le gaspillage alimentaire de la distribution dans son ensemble (2). À l’époque, elle avait mené, en partenariat avec Comerso, une opération au sein de magasins de cinq grandes enseignes. Des actions simples, impactant peu l’organisation et d’un coût financier limité, avaient ainsi permis de réduire le gaspillage alimentaire de près d’un quart en trois mois.
Des résultats qui conduisent à s’interroger sur les effets de la loi Garot (3), promulguée la même année. Parmi ses principales dispositions figuraient notamment la généralisation des dons alimentaires des grandes surfaces vers les associations caritatives habilitées et l’interdiction de la destruction volontaire de denrées consommables.
Une étude réalisée par Ipsos pour Comerso (4) montre que 99 % des acteurs de la grande distribution connaissent cette loi. Si beaucoup l’avaient fait auparavant, 34 % d’entre eux déclarent qu’elle les a incités à prendre des initiatives antigaspillage et/ou à aller plus loin dans leur démarche. Globalement, ces pratiques sont aujourd’hui intégrées dans la stratégie des grandes surfaces alimentaires et dans la gestion du cycle de vie de leurs produits. Elles ont mis en place des actions en amont, comme l’optimisation de la gestion des stocks, afin de minimiser les invendus, mais aussi la sensibilisation du personnel et même des clients. En aval, l’accélération des ventes de produits à date courte, dans les rayons frais, s’est généralisée via le stickage, avec des remises client de 30 à 60 %. Pour les magasins, les raisons invoquées sont majoritairement financières. Il s’agit de minimiser la casse et de sauvegarder une partie des marges. Toutefois, le stickage est vécu comme complexe et chronophage, de même que la gestion des produits stickés non vendus, dont beaucoup sont jetés. Des difficultés qui incitent certains acteurs à se faire accompagner par des partenaires externes.
Dons : les produits La solution connectée de stickage des produits à dates courtes C-Stick, de Comerso, est généralement utilisée à J-3 ou J-4 au rayon saurisserie et à J-1 au rayon marée LS. « Dans ce dernier cas, certains magasins choisissent de donner tout ou partie des volumes », précise François Vallée, directeur communication de l’entreprise, qui propose aussi C-Don, solution clés en main sécurisée de dons aux œuvres caritatives. Même si le taux de revente des produits stickés peut atteindre 80 à 95 %. Début janvier, saumon fumé et autres produits festifs en promotion, souvent regroupés dans des zones dédiées, trouvent facilement preneur. « Mais dans l’année, les magasins passent au don à J-2 ou J-1 pour la saurisserie. » Ce rayon pèse plus de 58 % dans les dons, contre 39 % pour la marée LS et 2 % pour la conserve de poisson. Au final, les produits de la mer représentent 10 % des volumes collectés par Comerso. « Les associations sont demandeuses de ces protéines de qualité difficiles à collecter du fait du manque de formation des magasins. » |
Cité comme complémentaire au stickage, le don aux associations s’est également généralisé et institutionnalisé, principalement pour les produits frais, date limite de consommation oblige, mais aussi sur l’ambiant et les fruits et légumes. Si la dimension sociale est largement mise en avant, des raisons financières, à l’instar de l’économie fiscale liée au don et de la réduction du coût de traitement des déchets, président aussi à cette démarche. Sur le plan logistique, la collecte est le plus souvent réalisée par les associations elles-mêmes. Mais certains magasins optent pour une prestation externe afin de garantir, notamment, des passages quotidiens, nécessaires pour les produits frais.
De fait, plus de la moitié des magasins ne donnent pas tous les jours, signe qu’ils rencontrent encore des difficultés, faute de temps, de moyens ou d’expertise. Dans 20 % des cas, la chaîne du froid n’est d’ailleurs pas respectée, du fait de collectes sans camion frigorifique. Les arguments invoqués par ceux qui ne font pas de dons sont d’ailleurs la responsabilité en cas de problème sanitaire, mais aussi administratifs ou fiscaux. Certains ne savent pas si les associations sont agréées, d’autres ont du mal à récupérer les attestations fiscales.
Quant à la valorisation des déchets, elle reste encore insuffisante, malgré des progrès. Si 60 % des magasins – notamment des hypermarchés soucieux de respecter le cadre légal en vigueur – ont mis en place un tri des biodéchets, leur valorisation par des filières spécifiques est encore trop rarement au rendez-vous.
Anne-Caroline RENARD
(1) Dans son étude Distributeurs engagés
contre le gaspillage alimentaire – novembre 2016
(2) En intégrant les marchés
et toutes les tailles de commerces alimentaires
(3) Loi n° 2016-138 du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire
(4) Baromètre 2018 de la valorisation
des invendus en grande distribution