En Charente-Maritime, 50 % des dirigeants d’entreprise conchylicole ont plus de 50 ans et 30 % plus de 55 ans, soit l’âge de la retraite sous couverture Énim (sécurité sociale des marins), sous réserve d’avoir assez cotisé. « On compte en moyenne 30 arrêts par an, mais seulement 15 à 20 reprises », note Romain Peyraud, responsable du service économique du comité régional de conchyliculture (CRC) de Poitou-Charentes. Avec pour résultat le démantèlement de certaines exploitations. Si les concessions sont de bonne qualité, elles sont vendues à un conchyliculteur voisin. Le matériel trouve preneur sur le Bon Coin. Reste souvent le problème de la cabane. Parfois rachetée par un particulier, alors qu’il est interdit de l’habiter, elle est souvent laissée à l’abandon. Sa reprise par un conchyliculteur est très rare.
Au fil des ans, la concentration du secteur conchylicole se perçoit. « Il faudrait deux fois plus de reprises pour stabiliser le nombre d’entreprises et maintenir la diversité de petites structures existante. » La priorité du CRC Poitou-Charentes est donc de recenser les dirigeants qui vont arrêter leur activité pour les accompagner dans la recherche de repreneurs. Car il faut cinq ans pour bien préparer une transmission, même familiale, ce qui représente 75 % des cas en Charente-Maritime. « S’il y a plusieurs enfants, il faut prévoir des compensations pour ceux qui ne sont pas intéressés. »
Il est important d’informer sur l’intérêt ou non d’un changement de statut. Par exemple, la transformation d’une entreprise individuelle en EARL, permettant une cession de parts sociales, peut avoir des atouts pour le repreneur afin d’effectuer un rachat progressif.
Quelles aides ◗ Elles varient selon les zones conchylicoles. La région Nouvelle-Aquitaine, par exemple, intervient par le biais du dispositif du prêt d’honneur (prêt à taux zéro de 20 000 euros maximum) via des organismes départementaux (Initiative Charente-Maritime, Initiative Gironde), par les systèmes de cautionnement, en lien avec la Siagi (Société de caution mutuelle pour les petites entreprises), et des subventions à l’investissement dans le cadre du Feamp (50 % des dépenses éligibles avec un plafond de 120 000 euros, sachant que les concessions, sises sur le domaine public maritime, ne le sont pas). Le département de Charente-Maritime accorde, en complément, une subvention forfaitaire de 10 000 euros. Le CRC Arcachon-Aquitaine, quant à lui, est en demande d’un dispositif équivalent à l’ancienne dotation jeune agriculteur, dont bénéficiaient jusqu’en 2015 les ostréiculteurs. |
Celui-ci peut être un salarié de l’entreprise. Difficile en effet d’attirer des repreneurs qui ne sont pas du sérail. « La conchyliculture est mal connue et souvent assimilée à un métier pénible. » Les faits en témoignent. Seule la moitié les reprises hors cadre familial concerne des jeunes. Pour le reste, il s’agit de reconversions professionnelles. « Un travail de promotion du métier reste à faire, notamment dans les collèges », renchérit Florence Vivier, chargée de mission installation au CRC Arcachon-Aquitaine. Même si, sur le bassin d’Arcachon, zone exclusivement ostréicole, la situation diffère légèrement. Les arrêts d’activité – une dizaine par an – sont globalement compensés par des installations. Mais moins de 30 % dans le cadre familial. « Notre action vise à accompagner les candidats dans les démarches, souvent complexes, et dans leur recherche de financement, afin de favoriser l’installation. La profession est attachée à ce que le foncier à terre et en mer reste accessible aux nouveaux entrants, pour maintenir le nombre d’entreprises actives mais aussi la diversité des structures. »
Le CRC propose d’ailleurs un service de mise en relation des potentiels cédants avec des candidats à l’installation. Malgré ces efforts, les démantèlements d’entreprises de taille conséquente existent toujours. Car les moyens dont disposent les repreneurs les plus jeunes sont en général limités. Qu’importe que le coût moyen à l’installation, estimé à 170 000 euros, reste encore relativement bas par rapport à d’autres bassins.
Il faut aussi anticiper les difficultés d’une reprise, notamment hors cadre familial. Même si les repreneurs sont principalement des salariés disposant d’une expérience professionnelle confirmée, il n’est pas toujours aisé de mettre en place un cycle de production sur trois ans lorsque l’entreprise est reprise sans stock, de créer un réseau commercial, etc. « Les créations (reprise à plusieurs ostréiculteurs de parcs, cabane…) sont des projets difficiles avec un démarrage d’activité durant lequel il faut avoir d’autres ressources financières pour vivre », note Florence Vivier. Mais globalement, le taux d’échec est faible comparé à d’autres secteurs d’activité : 13 % seulement, majoritairement pour des raisons économiques.
Anne-Caroline RENARD