Déchets plastiques : un plan européen ambitieux

Le 12/06/2018 à 17:00 par La Rédaction

« Si nous ne changeons pas notre manière de produire et d’utiliser le plastique, les océans en contiendront davantage que de poissons d’ici 2050. » Cette phrase prononcée par Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne chargé du développement durable, a de quoi frapper les esprits.

Bien sûr, la prise de conscience n’est pas nouvelle. Depuis des années, les ONG alertent le grand public sur les dommages environnementaux des déchets plastiques. Les médias s’en font l’écho, à grand renfort d’images chocs, et l’inquiétude des professionnels de la mer sur leur activité est réelle.

Le défi à relever est mondial : 5 à 13 millions de tonnes de matières plastiques aboutissent dans les cinq océans chaque année. Elles représentent plus de 80 % des déchets marins. Transportés parfois sur de très longues distances par les courants marins, les débris plastiques s’échouent sur les plages, se décomposent en microplastiques ou forment les fameux « continents de plastique » dans les gyres océaniques. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) estime à plus de 8 milliards de dollars par an le coût des dommages ainsi causés à l’environnement marin.

À elle-seule, l’Union européenne déverse chaque année dans la mer 150 000 à 500 000 tonnes de déchets plastiques qui aboutissent dans des zones particulièrement vulnérables, comme la Méditerranée et l’océan Arctique. Une nuisance pour l’environnement, mais aussi un préjudice économique pour des activités comme le tourisme, la pêche et le transport maritime. Le coût de ces déchets avoisinerait 1 % des recettes des captures de la flotte de l’UE.

Poussée par certains États membres, déjà actifs sur le sujet, l’Union a déjà pris des mesures pour réduire les déchets plastiques, grâce notamment à la directive sur les sacs en plastique. L’impact est positif. Selon une étude récemment publiée par Science of the Total Environment, le nombre de pochons en plastique retrouvés dans les fonds marins de la Manche, de la mer du Nord et de la mer d’Irlande aurait diminué de 30 % en 20 ans.

Mais cela risque de ne pas suffire face à la récente décision de la Chine de restreindre drastiquement ses importations de déchets plastiques. Qu’adviendra-il des 7 à 9 millions de tonnes que lui vendaient les États-Unis et l’Europe chaque année ? Le sujet préoccupe le G7 comme le G20 ou encore l’Onu qui a adopté fin 2017 une résolution sur les déchets marins et les microplastiques dans le cadre de son programme pour l’environnement.

Les étapes

◗ La proposition de directive sur les installations de réception portuaires a été soumise par la Commission au Parlement européen et au Conseil pour adoption.

◗ La consultation publique sur les actions concernant les produits à usage unique en plastique et les engins de pêche s’est achevée le 12 février.

◗ La Commission présentera la proposition sur les plastiques à usage unique
courant 2018.

◗ Elle entamera les travaux sur la révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages et préparera pour 2019 des orientations sur la collecte séparée et le tri des déchets.

Source : Commission européenne

Au niveau de la Commission européenne, les ambitions sont revues à la hausse. Tous les emballages en plastique sur le marché de l’UE devront être recyclables ou réutilisables d’ici 2030, la consommation de plastique à usage unique réduite et l’utilisation intentionnelle de microplastiques limitée. Une stratégie qui s’inscrit dans le cadre du plan d’action de l’Union en faveur de l’économie circulaire et dans les nouvelles règles relatives aux déchets adoptées fin 2017. Ces dernières fixent un objectif de 55 % de recyclage des déchets d’emballages plastiques d’ici 2030.

Aujourd’hui, les articles en plastique à usage unique, jetés après une seule et brève utilisation, tels les gobelets, les pailles, les bouteilles… représenteraient la moitié des déchets marins. Mais la Commission cible aussi les 20 à 40 % de déchets qui sont produits en mer. Elle propose de réviser la directive sur les installations de réception portuaires pour les déchets des navires. Objectif : faire en sorte que davantage de déchets soient déposés à terre, qu’il s’agisse des ordures ou des engins de pêche hors d’usage. La proposition inclut une obligation de collecte sélective des déchets en vue de leur réutilisation et de leur recyclage. En France, des initiatives, fédérées par le projet national PêchPropre, sont en cours dans plusieurs ports pilotes.

Quant aux microplastiques – particules de moins de 5 mm –, ils résultent surtout de la fragmentation de déchets plus gros mais peuvent être intentionnellement utilisés dans certains produits. Pour en limiter l’usage, la Commission a déjà engagé des travaux dans le cadre de la réglementation sur les substances chimiques. Mais beaucoup reste à faire. Car si les microplastiques s’accumulent en mer, des études récentes révèlent aussi leur présence dans l’air, l’eau potable et certains aliments. Sans que leurs effets sur la santé ne soient connus.

Anne-Caroline RENARD

 

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