Des insectes autorisés en aquaculture

Le 08/11/2017 à 13:00 par La Rédaction

[ LES TEXTES ]

Autorisation sous conditions

Le règlement (UE) 2017/893 de la Commission du 24 mai 2017 est entré en vigueur le 1er juillet 2017. Il modifie certaines dispositions relatives aux protéines animales transformées destinées à l’alimentation aquacole. L’utilisation de protéines issues d’insectes d’élevage est désormais autorisée.
Pour les importations, un certificat sanitaire sera exigé. Et, seules sept espèces peuvent être élevées dans l’UE : la mouche soldat noire (Hermetia illucens), la mouche domestique (Musca domestica), le ténébrion meunier (Tenebrio molitor), dont la larve est connue sous le nom de ver de farine, le petit ténébrion mat (Alphitobius diaperinus), le grillon domestique (Acheta domesticus), le grillon domestique tropical (Gryllodes sigillatus) et le grillon des steppes (Gryllus assimilis).
Par ailleurs, l’utilisation de protéines issues de ruminants, de déchets de
cuisine et de table, de farines, de viande et d’os, et de lisier est interdite dans l’alimentation des insectes.

Source : Règlement (UE) 2017/893 de la Commission du 24 mai 2017


[ Une filière plus durable ]

En 2015, l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) évaluait les risques liés à la production, à la transformation et à la consommation d’insectes en alimentation humaine et animale. Cet avis scientifique a ouvert la voie à l’évolution de la réglementation. Pour la Commission européenne, l’élevage d’insectes pourrait constituer une solution de substitution durable aux sources traditionnelles de protéines animales destinées à l’alimentation aquacole. Il a d’ailleurs déjà commencé dans plusieurs États membres pour la production de protéines transformées ou d’autres dérivés destinés au petfood. À l’évidence, son ouverture à l’aquaculture pourrait conduire à un développement à plus grande échelle. À des degrés plus ou moins avancés, les projets d’Ynsect, InnovaFeed ou NextAlim, en France, et Protix aux Pays-Bas, en témoignent.

Lointaine réalité ? « Nous distribuerons un aliment pour truites contenant de la farine d’insectes dès janvier », annonce Jean-Pol Le Ribault, co-dirigeant d’Aquadis Naturellement. « Des clients ont déjà accepté de commercialiser cette production d’une quinzaine de tonnes. » Ce projet, mené en partenariat avec le producteur de farine d’insectes InnovaFeed, et le fournisseur d’aliments aquacoles BioMar, s’inscrit dans une logique de durabilité. L’objectif : réduire la pression sur la pêche minotière, mais pas seulement. « Nous avons choisi un élevage d’insectes de proximité. » InnovaFeed a en effet construit à Gouzeaucourt (Nord) un démonstrateur industriel produisant 300 tonnes par an de protéines d’insectes, à partir de son élevage de mouche soldat noire. D’ici à 2019, l’entreprise disposera d’une usine d’une capacité de 10 000 tonnes, à des prix plus compétitifs grâce aux économies d’échelle. « Aujourd’hui, ils sont légèrement supérieurs à ceux des farines de poisson, dont les cours sont actuellement bas », reconnaît Guillaume Gras, son co-fondateur. « Les insectes sont une source de protéines sûre, durable et performante, sur laquelle nous travaillons depuis plusieurs années », indique Michel Autin, directeur technique de BioMar, Mais « leurs performances zootechniques et économiques sont toujours en cours d’évaluation. Nutritionnellement, les farines d’insectes se rapprochent des farines de poisson à bas taux de protéines. Économiquement, elles ne sont pas encore compétitives mais si on inclut la dimension durable, les choses peuvent être vues différemment. » Au-delà, elles sont perçues comme un aliment naturel. Qui n’a pas entendu parler de la pêche à la mouche ? « Une image bien valorisée auprès du consommateur », assure Guillaume Gras. Pour l’heure, Jean-Pol Le Ribault fait abstraction de l’aspect financier. Mais à terme, « il ne sera pas possible d’être déconnecté du prix de vente du marché. »

Anne-Caroline RENARD

[ Quelle proportion dans les aliments aquacoles ? ]

BioMar a testé différents niveaux de substitution des farines de poissons par des farines d’insectes. Jusqu’à 100 %. « Les résultats sont déjà intéressants, mais des marges de progrès existent dans les processus de fabrication pour en augmenter la valeur nutritionnelle », note Michel Autin, directeur technique. « Les aliments complets pour poissons font appel à de nombreuses matières premières pour couvrir correctement les besoins nutritionnels. Les farines d’insectes en seront une de plus dans la liste des possibilités. »

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