Fidéliser les salariés : un enjeu majeur

Le 08/11/2018 à 14:10 par La Rédaction

Préserver et développer la ressource humaine à partir de son entrée dans l’entreprise et tout au long de son parcours au sein de celle-ci, c’est ainsi qu’Élisabeth Dewanckel définit l’intégration durable des salariés. « Une notion aux multiples enjeux : performance pour l’entreprise, qualité de vie au travail pour les salariés, développement économique, social et environnemental pour le territoire », explique la chargée de mission à l’Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) de Bretagne. En 2014, l’association réalisait, en partenariat avec le conseil départemental du Finistère, le guide « Agir pour l’intégration durable des salariés dans l’industrie agroalimentaire ».

Les observations sur le terrain auprès de huit entreprises ont permis de dégager des pistes d’action pour améliorer les conditions de travail et renforcer l’attractivité de la filière agroalimentaire. Ces leviers portent sur le recrutement, l’accueil et l’intégration, sur la formation et le parcours professionnel, ainsi que sur les conditions de travail et les relations sociales. « Ils sont complémentaires et indispensables, à court, moyen et long termes. Si l’intégration se fait mal, il est difficile de développer les compétences. Et la prévention de l’usure professionnelle des salariés doit commencer dès leur entrée dans l’entreprise », reprend Élisabeth Dewanckel.

La conserverie Jean-François Furic, à Saint-Guénolé (Finistère), qui a participé à ces travaux, anticipe ces actions dès l’embauche. Jusqu’à présent, l’appui des enfants du personnel en âge de travailler suffisait pour la saison des sardines fraîches durant l’été. Avec un atout non négligeable : ils connaissaient déjà l’entreprise et le personnel. « Aujourd’hui, nous recrutons aussi d’autres saisonniers, notamment en juin et en septembre, explique Maria Furic, directrice des ressources humaines. Nous avons besoin qu’ils s’engagent et qu’ils restent. »

Mise en place en 2018, une prévisite de l’entreprise, supervisée par la responsable d’atelier, permet au futur embauché d’avoir une vision concrète des postes de travail et de rencontrer les responsables d’équipe et les délégués du personnel. « En salle, je réexplique ensuite les étapes de fabrication en insistant sur les postes. Cela permet d’avoir une première image de l’entreprise et de savoir à qui s’adresser. Nous avons d’ailleurs commencé à le faire pour les recrutements en CDI, en particulier pour les personnes venant d’autres univers professionnels. »

Le premier jour, la nouvelle recrue suit une formation sur l’hygiène avec le service qualité et rencontre sa tutrice, une salariée expérimentée qui lui transmettra les gestes à acquérir et répondra à toutes ses questions. « Le travail de la sardine fraîche s’apprend assez rapidement, en une journée pour l’étripage, en quelques jours pour l’emboîtage, pour ce qui est du minimum requis. La rapidité et la maîtrise viennent avec le temps. » Le livret d’accueil, rassemblant toutes les informations sur l’entreprise, fait aussi l’objet d’une lecture avec la DRH. Quelques jours plus tard, un nouvel échange, baptisé le rapport d’étonnement, permet de faire le point sur la période écoulée : questions en suspens, difficultés rencontrées… « Je demande au nouvel embauché ce qui l’a surpris, ce qui le gêne… Il s’agit de désamorcer les problèmes. Les personnes en CDI ont aussi besoin de connaître les postes sur lesquels elles travailleront dans l’année. Et les perspectives d’évolution à terme. »

Jean-François Furic

Siège social : Saint-Guénolé

Effectif : 60 salariés
dont 45 en production
(Jean-François Furic SAS : production), 11 salariés
(la Compagnie Bretonne : magasins)

Gammes : petits boîtages à marque la Compagnie Bretonne (vente directe dans ses huit magasins et en ligne, vente en épicerie fine) pour 30 % de l’activité, gros boîtage
à la marque Keriti (vente à la restauration) pour 70 %

Les processus de fabrication de l’entreprise préservent la production des contraintes de saisonnalité, de variations importantes de charge et d’effectifs. La conserverie travaille principalement deux espèces, la sardine et le maquereau, et deux gammes de produits : l’une en petit boîtage pour le marché de l’épicerie fine, l’autre pour celui de la restauration. La stabilité de l’activité lui permet de s’appuyer sur les savoir-faire de ses équipes. « Il faut six mois à un an pour être opérationnel sur les deux types de postes principaux : préparation et cuisson ou parage et emboîtage. On peut ensuite se spécialiser dans le sertissage, les sauces et les plats élaborés, l’encaissage… Rares sont les personnes non polyvalentes. » Et pour améliorer les conditions de travail, l’entreprise a mis en place des groupes de réflexion. « L’intégration durable repose sur des valeurs qui existaient déjà ici, conclut Maria Furic. Elle nécessite surtout du bon sens et de l’écoute. L’entreprise et les salariés en bénéficient. Chacun est plus serein. Et l’on se donne davantage de moyens pour réussir. »

 

Anne-Caroline RENARD

 

 

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