Krill, la perle rouge de l’Antarctique

Le 12/10/2016 à 16:58 par La Rédaction

 

[ Attention ressource fragile ]

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Largement surexploitée dans les années quatre-vingt par les navires japonais et russes, la biomasse de krill (Euphausia superba) fait l’objet d’un suivi attentif de la Commission pour la conservation des ressources marines vivantes de l’Antarctique (CCAMLR). Cette commission prend chaque année des mesures conservatoires. Elle fixe surtout le niveau de capture autorisé en Atlantique sud et dans le sud de l’océan Indien. Le total de pêche admissible est de 8,6 millions de tonnes sur une biomasse estimée à 379 millions dans l’océan Austral. Cette approche de précaution s’explique par la place centrale du krill dans l’alimentation des poissons, mammifères et oiseaux marins. Elle se justifie d’autant plus face à l’impact du changement climatique sur l’écosystème océanique.

Le sud-ouest atlantique est la plus importante zone de pêche (Area 48) avec 5,6 millions de tonnes de capture admissible mais la CCAMLR a limité la pêcherie à 620 000 tonnes. Soit 1 % de la biomasse sur les quatre régions de la zone 48, où travaillent les navires de sept pays : Norvège, Chine, Chili, Corée du Sud, Pologne, Ukraine et Russie..

 

 

L’Antarctique n’est pas tout proche de la Norvège mais ses armateurs ont compris depuis longtemps l’intérêt du krill. Ce microcrustacé de 2 grammes pour 6 centimètres de long, dont raffolent les baleines, est transformé en extrait lipidique. Cocktail explosif d’oméga 3 sous la forme de phospholipides hautement biodisponibles, l’huile de krill se trace une voie royale dans l’univers de l’alimentation santé. Et le statut de novel food marin reconnu par l’Union européenne devrait faciliter sa commercialisation. « C’est un marché très concurrentiel. Il existe pléthore de marques et nous devons nous distinguer par un produit irréprochable, extrait naturellement », souligne Ole Arne Eiksund, vice-président exécutif chargé des ventes et du marketing de Rimfrost au sein du groupe Olympic.

Fort de son expérience dans la pêche de crevettes boréales, le groupe norvégien arme le Juvel spécialement pour le krill antarctique. « L’encadrement de l’activité implique l’embarquement d’un observateur, le suivi par satellite des captures, leur localisation GPS et la traçabilité totale jusqu’au produit fini à terre », souligne Ole Arne Eiksund. Une petite vingtaine de navires est présente sur la pêcherie dont le norvégien Aker Biomarine qui dispose de deux chalutiers travaillant en continu avec un système de pompage du krill vivant à bord.

Olympic a fait un choix différent. « Grâce à une technologie acoustique et des capteurs sous marins, le Juvel  détecte la bonne taille de krill et à quelle profondeur le pêcher. Le navire pratique des traits courts de façon à transformer au fur et à mesure de petites quantités, le plus rapidement possible. Un impératif pour avoir la meilleure qualité », explique le responsable.

Le décorticage du petit crustacé s’effectue par centrifugation, suivi par l’extraction de chitosan des carapaces. Sur la base d’un ratio de cinq tonnes de krill avec carapace, le navire produit une tonne de farine.

Cette précieuse matière première fait l’objet d’une seconde transformation à terre, dans les différentes implantations internationales d’Olympic. La logistique passe par Montevideo, en Uruguay, avant de rejoindre une usine d’extraction aux États-Unis, Rimfrost USA, qui produit l’huile de krill à partir de la farine. « C’est le premier marché avec des prix qui varient du simple au double selon la qualité. Une huile brune signifie oxydation, alors que la couleur normale est rouge clair », observe Ole Arne Eiksund. Une seconde unité d’extraction, Olympic Biotech, en Nouvelle-Zélande, produit de l’huile et de la farine. Confiant dans l’avenir de sa marque Rimfrost, Olympic étudie l’option d’un second navire dans le Grand Sud.

Bruno VAUDOUR

 

 

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