Incompréhension, stupeur et colère se confondent après l’annonce du licenciement des salariés de l’association Breiz Filière Mer (BFM). Sans ses qualiticiens de terrain, BFM devient une coque vide, sauf à sous-traiter les tâches de conseil, d’audit et de contrôle des cahiers des charges réalisés auparavant en interne. Toute la crédibilité de la marque BQM en dépend. Même si la part des produits estampillés BQM ne pèse que 1,4 % des apports de la Bretagne, la reconnaissance nationale de la marque collective contribue à porter l’image de la marée bretonne. Par comparaison, seulement 1 % de la viande bovine française est sous signe officiel de qualité mais les démarches retentissent positivement sur l’origine Viande française. Chez les Écossais, le saumon sous label Rouge pèse moins de 5 % des tonnages mais il valorise l’image de toute la salmoniculture des Highlands.
Première région de pêche maritime, la Bretagne bénéficierait-elle d’une telle notoriété qu’elle peut se passer d’une marque collective ? Ne serait-ce plus une priorité régionale depuis que France Filière Pêche a lancé sa marque Pavillon France ? L’exemple de la Normandie montre pourtant qu’il n’y a pas d’antinomie entre une marque nationale et régionale. « Les deux sont complémentaires » confirme Arnault Manner, directeur de l’association Normandie Fraîcheur Mer (NFM), tous les produits NFM peuvent êtrePavillon France. Nous avons même un cahier des charges cosigné par les deux marques pour du poisson Extra pins’é en criée. Certains clients poissonniers trouvent la démarche nationale trop générique et ils tiennent à l’indication locale. C’est pourquoi la double identification est très cohérente »
Consciente de l’importance d’une communication sur le poisson normand, la seconde région de pêche française a soutenu NFM, indépendamment du calendrier tardif du Feamp. L’unité professionnelle autour de l’association qualité Normande a certainement joué dans ce sens. En Bretagne, les dissensions entre organisations de producteurs ont freiné l'action de Normapêche Bretagne puis de BFM. Exit les actions sur l’amélioration du tri et de la qualité des produits sous criée ainsi que les actions de formation des personnels ; exit les recommandations aux navires et les rapports de débarquements en lien avec la valeur à la vente, tout ce travail est stoppé.
À court terme, le secrétariat de BFM revient à Cobrenord. Et si les financements suivent, l’avenir de l’association se limitera à l’achèvement des deux démarches de label Rouge en cours. Celle de la noix de Saint-Jacques surgelée est presque terminée, en revanche, il y a encore du travail sur la moule de bouchot. Le reste appartient au passé. C’est d’autant plus dommage que la mise en avant d’une région devrait rassembler.
Bruno VAUDOUR