La truite de mer fait bonne chère

Le 26/05/2016 à 10:25 par La Rédaction

 

L’air marin profite à la truite de Lokfish, qui pousse dans l’estuaire du Jaudy en Bretagne.  En huit mois, le poisson arrive à la bonne taille pour la fumaison, un marché salvateur pour l’une des dernières salmoniculture marine en France.

 

Lokfish

Localisation : Le Carpont, Trédarzec (Côtes-d’Armor),
France

Propriétaire et gérant :
Arild Lokoey et Anne-Sophie Lokoey

Adhérent de la Coopérative des aquaculteurs bretons

Tonnage : 30 à 50 tonnes

Prix moyen départ ferme : 4 €/ kg

 

Vendredi 1er avril, le jour est idéal pour fêter le poisson. Et rendre visite à Arild Lokoey, l’un des très rares pisci-culteurs à élever en mer la truite arc-en-ciel. Pensez, ils sont moins d’une dizaine en France et seulement deux en Bretagne. Face à la concurrence norvégienne, danoise ou chilienne, les candidats valides sont peu nombreux. Heureusement, la truite française de belle taille a le vent en poupe sur le marché du poisson fumé. Surtout quand elle grandit en milieu marin. « J’occupe une niche », souligne d’emblée Arild Lokoey.

Ce Norvégien au caractère bien trempé, cuisinier à ses débuts, est devenu éleveur de saumon dans son pays d’origine avant d’arriver dans une ferme de Cherbourg, où il peaufine l’expérience de salmoniculteur pendant quatorze ans.

Son flair l’amène ensuite dans les Côtes-d’Armor, sur les bords du Jaudy, où il rachète en 2009 une petite pisciculture marine en face de France turbot, à Trédarzec. Les débuts de son entreprise Lokfish sont difficiles. « La production d’une vingtaine de tonnes de truite entre 1 et 2 kg connaissait à l’époque des prix très bas », rappelle Arild. Aujourd’hui, la conjoncture est nettement meilleure. Tiré par les prix bouillants du saumon, le marché de la truite est très porteur et l’arrivée de Lokfish au sein de la Coopérative des aquaculteurs bretons signe un tournant décisif pour le pisciculteur.

Exit le téléphone, grand ordonnateur des commandes en pleine période d’abattage et les livraisons à pas d’heures. Il consacre désormais tout son temps à l’élevage grâce à Bretagne truite. L’outil de transformation et de commercialisation de la coopérative prend le relai pour vider et conditionner son poisson. La totalité des truites de 2 à 3 kg filent ensuite rapidement à Chateauneuf-du-Faou (Finistère), chez Guyader, pour la fumaison. « La valorisation en fumé m’a sauvé », estime Arild, qui n’a plus de difficulté à écouler sa production avant l’été. Un impératif, car la hausse des températures de l’eau menacerait la survie du cheptel. « La négociation du prix avec le fumeur en début de saison par le groupement assure une stabilité des cours pendant toute la campagne », apprécie le Norvégien. Parallèlement, la truite de mer offre un bonus de prix de 15 à 20 % comparé à sa consœur élevée en bassins dans l’eau douce.

Autre avantage, l’adhérent de la coopérative bénéficie d’un tarif de groupe sur l’aliment, poste clé des charges d’exploitation, mais dont la qualité conditionne les performances de croissance. Riche en protéines végétales et marines, l’alimentation permet à la truite de pousser rapidement en quelques mois : « Depuis janvier, le poisson a gagné un bon kilo  et les premiers abattages pourront commencer mi-avril. »

L’atout coopératif joue aussi dans la négociation des prêts nécessaires pour financer l’aliment et les poissons. Fort du réseau de pisciculteurs associés à Bretagne truite, Lokfish dispose d’un plus grand choix de truitelles, à la fois sur le type de poissons et les tailles. Une présence d’avril à l’été implique de jouer sur le poids lors du passage de l’eau douce à la mer. Les jeunes truites transférées à 300 ou 500 grammes feront un cycle complet de 7 à 8 mois pour dépasser les deux kilos. Alors que les lots achetés mi-décembre autour d’1,5 kg sortiront quatre mois plus tard à 3 kg.

Quoiqu’il arrive, l’œil de l’éleveur est irremplaçable, lui seul saisit la marche à suivre en fonction du comportement du poisson : « Les truites triploïdes restent invisibles au fond des cages, il est plus difficile de les nourrir et leur indice de croissance est finalement moins bon que les diploïdes. »
Ces dernières, en revanche, doivent impérativement partir à la vente avant maturation. Le fort courant dans la rivière fait partie aussi des nombreux paramètres qui jouent sur les performances. « Aux grandes marées, la truite mange moins bien qu’en mortes-eaux », observe l’éleveur.
Cette année, Lokfish table sur une cinquantaine de tonnes, 50 % de truite de plus de trois kilos et 50 % autour de 2,2 kg. « C’est une fourchette de poids correcte pour faire les filets fumés. » Grâce à une concession de 20 tonnes à l’ouvert de l’estuaire, Lokfish dispose d’une petite marge de manœuvre pour stocker du poisson si la température du Jaudy arrive à 17 °C : « L’eau est plus froide à l’extérieur et j’ai pu garder du poisson jusqu’au 15 juillet, y compris des smolts de saumon de France en pension, mais c’est une autre histoire. » Dans l’immédiat, la grosse truite capte toute son attention et les premiers lots vont bientôt partir.

Texte et photos : Bruno VAUDOUR

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