« Pour capter de la valeur, Florent Tarbouriech,
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[ Retour sur le projet ] L’idée. Valoriser le byssus de moules, pour réduire les déchets et faciliter la gestion des effluents de son exploitation mytilicole. Comment ? En explorant le potentiel industriel de cette fibre naturelle connue depuis des siècles pour sa résistance, sa brillance et sa souplesse, ainsi que sa forte teneur en collagène. Moyens mis en œuvre : Ambitions :
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La valorisation des coproduits conchylicoles est un sujet qui tient au cœur de Florent Tarbouriech depuis plus d’une dizaine d’années. « Cela fait partie de notre engagement en faveur du développement durable, de l’économie circulaire, indique le président de Médithau. Logiquement nous avons regardé tous les axes possibles, notamment le byssus considéré depuis l’antiquité comme la soie marine ». Les fibres du byssus peuvent dépasser six centimètres, leurs propriétés de brillance, de résistance et d’élasticité sont reconnues. « La documentation sur le sujet existe. Mais nous voulions aller plus loin. Le hasard, les contacts, nous ont permis de nous rapprocher de l’École supérieure d’Art et de Design de Saint-Etienne dès 2011 », explique Florent Tarbouriech. Les étudiants en design se sont penchés sur le byssus, son cycle de vie, ont exploré son potentiel biomimétique dans le design, ont expérimenté des pistes dans les tissus et les papiers d’arts. Travaux sur lesquels le laboratoire Prod’IA, fondé par Médithau en 2014, accentue la recherche. « Prod’IA est notre bras armé pour la recherche et l’innovation, explique Florent Tarbouriech. L’équipe est constituée de quatre chercheurs et de trois personnes au bureau d’études ». À eux de mettre au point les prototypes pour récupérer le byssus. « Évidemment les débyssusseuses l’enlèvent. Mais pour le valoriser, il faut faire en sorte qu’il soit propre, lavé de toute matière organique ou minérale comme des débris de coquilles, poursuit le dirigeant. Après, nous le séchons pour pouvoir le stocker ». Il aura fallu cinq ans et un peu plus de 100 000 euros d’investissements pour mettre au point les prototypes qui permettent d’automatiser le tri et le nettoyage du byssus. « Dans la valorisation des coproduits, le plus difficile est souvent de savoir isoler ce qui est important dans le flux de déchet. Or, c’est le préalable pour aller chercher et capter de la valeur ». Les essais sont concluants, tant et si bien que d’ici la fin de l’année Médithau espère pouvoir déposer des brevets. L’entrepreneur n’en dira pas beaucoup plus sur le process mais estime qu’avec 5 00 tonnes de moules traitées par an par Médithau, la collecte de byssus avoisine les 10 à 20 tonnes. « Une quantité insuffisante pour un développement industriel, mais qui nous permet d’avancer sur les prototypes », poursuit Florent Tarbouriech qui estime qu’en fonction des marchés qui s’ouvriront, les besoins en byssus matière première seront à minimum de 100 tonnes et peut-être plus. « Toutefois, les besoins ne seront pas non plus massifs : nous nous positionnons sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée, comme l’art, avec des papiers dédiés, la cosmétique, avec l’extraction de collagène et les tissus techniques. Les fibres de byssus peuvent donner une forte élasticité aux tissus ». Le byssus, matière première pour créer des biomatériaux de demain, pourrait se vendre cent fois plus cher que la moule. « Cela fait 100 à 200 € le kilo. Mais au-delà, travailler le byssus permet de limiter les déchets, de mieux gérer les effluents de notre exploitation. Cela génère aussi des économies ». Mais les investissements pour passer au stade de l’industrialisation des process et du développement de produits à valeur ajoutée nécessite de se mettre en quête de partenaires. Des partenaires industriels, mais pourquoi pas, non plus, d’autres professionnels de la conchyliculture. Car pour avoir du byssus, il faut avoir des moules ! Et aujourd’hui, de plus en plus de mytiliculteurs se penchent sur cette question de la valorisation des déchets. Céline ASTRUC |