Le Maroc, un marché à défricher

Le 19/05/2017 à 10:00 par La Rédaction

 

LE MAROC EN BREF

La production halieutique en hausse.
En 2016, la production halieutique du Maroc s’est élevée à 1,47 million de tonnes, en hausse de 7 % par rapport à l’année précédente. Les exportations ont représenté 660 000 tonnes pour un chiffre d’affaires de 19,9 milliards de dirhams (1,86 milliard d’euros). Un montant qui représente quasiment 50 % des exportations agroalimentaires du Maroc. On dénombrait 436 unités industrielles à terre pour les produits de la mer à la fin 2016.

Relation privilégiée avec la France.
Deuxième partenaire commercial du Maroc derrière l’Espagne, la France y maintient son rang de premier investisseur étranger. En 2015, elle y a investi 8,8 milliards de dirhams (820 millions d’euros). La pêche ne représente que 7 millions de dirhams (650 000 euros). « La présence des entreprises françaises dans les secteurs de la pêche et de l’aquaculture demeure limitée », note le service économique régional de l’ambassade de France, à Rabat.

Un hub commercial pour l’Afrique.
En début d’année, l’Union africaine a voté en faveur du retour du Maroc au sein de l’enceinte panafricaine. Ce vote vient couronner la politique africaine menée par le roi Mohammed VI qui a permis au Maroc d’étendre son influence sur le continent et de « s’ériger progressivement en tant que plateforme d’exportation de produits agricoles et agroalimentaires vers l’Afrique subsaharienne », note Business France.

 

Il y a des données qui parlent d’elles-mêmes. Celles de la balance commerciale de la France avec le Maroc pour les produits de la mer en font partie. Alors que les importations françaises depuis le royaume chérifien ont représenté 110 millions d’euros en 2015, les échanges en sens inverse ont péniblement atteint les 3 millions d’euros. « Ils ont la matière première le long de leurs côtes. Le marché de la France vers le Maroc pour les produits de la mer finis ou intermédiaires est donc limité », explique Régis Toussaint. Le dirigeant de Cofrepêche Maroc, société de conseil pour la pêche et l’aquaculture installée depuis 2009 à Rabat, évoque d’autres raisons à ce désintérêt français pour le marché marocain.

« Quand on aborde le sujet du commerce agroalimentaire au Maroc, on parle toujours des produits agricoles et d’élevage et pas des produits de la mer. Il a fallu une intervention du royaume pour que la France ait un pavillon lors de la dernière édition du salon Halieutis, dédié aux produits de la mer, à Agadir. » L’homme voit, pourtant, les choses bouger très rapidement dans le pays. « Il y a dix ans, il n’y avait pas de grandes et moyennes surfaces. La classe moyenne s’y développe, les infrastructures aussi. Il est temps de sensibiliser les entreprises françaises pour vendre et investir au Maroc. »

Le groupe Chancerelle a franchi le pas. En 2002, il est entré à hauteur de 30 % dans le capital de Belma, une conserverie marocaine de sardines, d’anchois et de maquereaux basée à Agadir. Actionnaire majoritaire depuis 2013, le conserveur français a produit 91 millions de boîtes au Maroc en 2016. « Notre implantation nous a permis de sécuriser les approvisionnements en sardines fraîches et de nous adapter au marché très concurrentiel des marques de distributeurs en conserves de sardines », indique Laurence Blanloeil, responsable des relations publiques chez Chancerelle. Destinée en quasi-totalité à l’exportation, dont 50 % vers l’Europe occidentale, la production de Belma prend ses marques sur le marché intérieur. « Depuis peu, nous commercialisons au Maroc des conserves de sardines généreuses et d’anchois à l’huile d’olive, sous la marque Connétable, produites dans le pays », souligne Laurence Blanloeil. Pour Daniel Laborde, conseiller aux affaires agricoles à l’ambassade de France à Rabat, cette évolution tient à « la belle croissance économique » du pays ces dernières années.

« Si la population est encore très partagée au niveau des revenus, il se dessine une classe moyenne qui commence à avoir un comportement de consommateur occidentalisé. Elle se tourne vers de nouveaux produits, de qualité et plus élaborés tels que les prêts à consommer. »

Le phénomène reste cependant à pondérer. « Cela ne veut pas dire qu’ils vont changer leurs habitudes alimentaires. On reste dans une logique de marché de niche. » Pour le conseiller, mieux vaut d’abord tester le marché au travers d’exportations avant de penser à investir sur place.

« Ce n’est pas forcément très compliqué de s’implanter au Maroc. Mais pour obtenir un droit foncier, il faut avoir un associé local et mieux vaut maîtriser la ressource pour avoir une capacité de négociation », prévient Daniel Laborde. Dans les provinces du sud, les pays du Golfe et les Chinois ont pris le parti d’y développer leurs actifs en lien avec la filière pêche. « Ils y investissent beaucoup dans les activités à terre », souligne Daniel Laborde. Les Chinois resteraient toutefois très discrets sur leurs projets.

 

Loïc FABRÈGUES

 

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