Vannes ou les coulisses de l’huître de demain

Le 26/10/2016 à 16:04 par La Rédaction

 

Le 32e salon de la conchyliculture et des cultures marines a attiré bon nombre de professionnels de l’Hexagone et d’ailleurs, les 7 et 8 septembre. La mise en avant d’un pôle innovation et un cycle d’ateliers de réflexion autour des principales préoccupations des conchyliculteurs y participent. Mais beaucoup viennent pour renforcer les liens avec leurs fournisseurs. Les écloseurs en tête.

 

Salon national
de la conchyliculture
et des cultures marines

Edition : 32e

Lieu : Vannes

Nombre d’exposants : 85

 

Pour les ostréiculteurs, le problème des mortalités demeure le problème numéro un », juge Éric Marissal, président de Grainocéan International. « Le graal de la recherche pour les écloseries reste la résistance », confirme Bertrand du Mesnildot, directeur général de Satmar. « Nous avons encore beaucoup à faire en la matière, poursuit Stéphane Angeri, PDG de France Naissain. C’est notre priorité d’actions, celle qui absorbe le gros de notre budget R & D. »

Et à entendre le coordinateur du programme de recherche Gigassat, Fabrice Pernet, chercheur à l’Ifremer, ce n’est pas près de s’arrêter. Avec les effets du réchauffement climatique, les taux de salinité, la température de l’eau et son pH ne peuvent varier que dans un sens, malheureusement favorable « à l’augmentation du risque d’épizootie et d’émergence de maladies dans le milieu marin ». S’adapter et trouver des solutions pour vivre et dégager de la rentabilité avec l’herpès virus osHV-1 ou avec la bactérie Vibrio aestuarianus, semble donc être le lot des ostréiculteurs de demain. Ils auront les écloseurs pour les aider, chacun à leur manière.

La priorité pour Éric Marissal, de Grainocéan : « Travailler la sélection génétique sur la résistance à la Vibrio aestuarianus. Elle fait des ravages importants chez les adultes. Les conséquences économiques sont lourdes pour les professionnels. Plus que sur le naissain où nos progrès sont suffisants pour assurer la rentabilité économique. »

Il faut dire qu’au cours des deux dernières années, face à la montée du captage naturel et à l’arrivée de volumes plus conséquents chez les écloseurs, les prix du naissain d’écloserie « ont quasiment été divisés par deux », rappelle Emmanuel Vernier, responsable commercial de Novostrea Bretagne. Un bien pour les ostréiculteurs mais une situation d’autant plus périlleuse pour les écloseurs que le débat sur l’étiquetage des huîtres triploïdes divisait la filière.

« Aujourd’hui, la défiance vis-à-vis du naissain d’écloserie se tasse, indique Bertrand du Mesnildot. Sachant que le naissain de captage se fait un peu plus rare – mais la saison qui se clôture fin septembre n’est pas finie –, nous pensons que les cours devraient remonter un peu. » Un sentiment que l’on partage chez France Naissain, où Stéphane Angeri constate que la demande « se concentre sur les triploïdes. Elles sont indispensables pour les expéditeurs qui souhaitent vendre toute l’année ». Mais si le dirigeant indique la T6, l'une des plus petites tailles de naissain, reste la plus demandée, ce n’est pas le cas des autres écloseurs. « La demande se porte de plus en plus sur des T10 ou des T15, des naissains qui ont franchi leur premier été », souligne Victor Le Goff, de Sodabo Aquaculture. « Aujourd’hui, l’époque du T6 est révolue, assène même Bertrand du Mesnildot. La tendance lourde pour les ostréiculteurs est de demander des tailles plus importantes, d’exiger du naissain prégrossi sur parcs, le cas par cas se développe. La raison : depuis 2008, chacun a appris à optimiser sa technique d’élevage en fonction de l’environnement de son parc. »

La relation client ne s'improvise plus chez les écloseurs. « Pour développer le conseil, suivre les sites où notre naissain est élevé et venir en appui technique si besoin, nous avons recruté des technico commerciaux, indique Laurent Terrien, directeur général de Marinove. Leur rôle est aussi de synthétiser les bonnes pratiques, de comprendre ce qui peut changer d’un site à l’autre. La génétique est une chose, mais les capacités professionnelles sont essentielles. In fine, beaucoup de choses dépendent de la zootechnie des sites. »

Selon leurs situations géographiques et leurs concessions, certains ostréiculteurs peuvent diversifier leur production de bivalves et sont de plus en plus à l’écoute des propositions des écloseurs. Chez Grainocéan, la dernière innovation, proposée en édition limitée, est du naissain de Crassostrea angulata, l’huître portugaise disparue depuis les années soixante-dix. « En France, nous avons entre 40 et 50 ostréiculteurs qui testent cette huître « oubliée ». Nous avons déposé cette marque, en espérant participer à la fédération de sa mise en marché. Au maximum, la production finale sera de 200 tonnes, elle devrait se positionner sur les mêmes marchés que la plate », estime Éric Marissal.
Depuis deux ans, la plate ou l’Ostrea edulis réapparaît dans le catalogue des écloseurs, comme Novostrea ou Marinove. « Notre sélection porte sur sa capacité de résistance. Pour l’instant, les taux de mortalité sont inférieurs à 20 %, souligne Laurent Terrien. Mais selon que l’élevage se fait en marais ou en eaux profondes, il faut trouver les conditions optimales d’élevage ». L’atout de la plate : elle a déjà un public. Nul hasard si les propriétaires des Parcs Saint Kerber reprennent en cette rentrée l’intégralité du capital de Cancale huître, société ostréicole spécialisée sur ce coquillage.

Côté espèces, pour des questions de rentabilité, seules les palourdes japonaises ou européennes sont proposées pour « diversifier la clientèle », indique Emmanuel Vernier, « répondre à une demande client », poursuit Laurent Terrien. Les palourdes font partie, comme les pétoncles, des bivalves à potentiel pour les écloseurs. « Les coques et les moules, par contre, ne sont pas rentables », disent-ils en chœur.

Les recherches ou les pistes d’innovation portent donc avant tout sur le gros de la demande : les Crassostrea gigas. Le naissain certifié bio a fait son apparition il y a deux ans chez France Naissain, puis chez Satmar. « Un marché de niche, mais en croissance. Son potentiel est limité par le fait que le cahier des charges ne porte que sur la diploïde », affirme Bertrand du Mesnildot. Chez Sodabo, Victor Le Goff avoue qu’un travail de sélection porte aussi sur une forme plus « arrondie » du naissain.

Outre la résistance, travailler la sélection des gigas en fonction de leur forme, de leur taille, de la couleur de leur coquille ou de leur manteau, est une piste que beaucoup envisagent d’emprunter pour répondre à des demandes d’ostréiculteurs qui voudraient mettre sur le marché des huîtres plus typées. Même si tous insistent pour dire que la génétique a ses limites, le savoir-faire des ostréiculteurs étant déterminant.

Et pour Stéphan Alleaume, codirigeant des Parcs Saint Kerber, « il le sera encore plus dans dix ans. Sauf à ne pas vouloir valoriser le produit et ne faire que de la pousse rapide, il faut moderniser nos modes de travail, adapter les poches australiennes à nos parcs européens pour mieux profiter des mouvements de marée, etc. Les entreprises ostréicoles ont grossi, elles ont un peu plus les moyens d’investir et de tester ».

Ces techniques de culture qui émergent, visibles à Vannes, seront un nouveau support pour construire le marketing de l’huître de demain. Raconter son histoire devient essentiel pour la vendre plus cher, en France ou à l’international.

Textes et photos : Céline ASTRUC

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