◗ La part de farine
|
Lors de la dernière conférence annuelle de l’Iffo, l’organisation internationale du négoce de farines et d’huiles de poisson, qui s’est tenue à Rome en octobre, le cas de l’éthoxyquine (E324) a suscité des débats. Face au risque de pression des consommateurs et de leurs organisations opposées à l’utilisation des pesticides dans l’alimentation, le numéro 1 mondial du saumon, Marine Harvest, s’est fixé comme objectif d’exclure l’E324 de la chaîne d’approvisionnement et de le remplacer par un antioxydant naturel. Le président de Marine Harvest, Ole-Eirik Lerøy, estime que si l’ensemble de l’industrie supprimait l’éthoxyquine, cela renforcerait la confiance et la valeur de la farine de poisson en tant qu’ingrédient alimentaire de première qualité, rapporte le site Seafood Source. Rappelons que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (ESFA) a estimé, dans un rapport publié en octobre 2015, que l’antioxydant synthétique E324 pouvait représenter un risque sur la santé humaine et animale ainsi que sur l’environnement. Suspendu d’autorisation (règlement 2017/962 du 7 juin 2017) jusqu’à ce que les risques soient mieux connus, l’éthoxyquine faisait cependant l’objet de dérogations jusqu’en 2019. En bénéficient les produits très sensibles à l’oxydation du fait de leur teneur élevée en lipides : farines et huiles de poisson, certaines vitamines, caroténoïdes et colorants. L’échéance approchant, le dossier est à nouveau sur la table et l’éthoxyquine pourrait à nouveau être autorisée en tant qu’additif pour l’alimentation animale dans l’Union européenne. Ses défenseurs mettent en avant le fait que les antioxydants de remplacement autorisés ne possèdent pas les mêmes caractéristiques que l’éthoxyquine, notamment en matière d’efficacité, de concentration de substances actives requises, de durée d’action et de fonctionnement. Ils estiment qu’un retrait immédiat du marché aurait un impact négatif sur la santé et le bien-être des poissons, en raison d’un manque d’oligo-éléments essentiels dans leur alimentation. Parallèlement, le profil nutritionnel des poissons répondrait moins aux promesses faîtes aux consommateurs. De leur côté, les opposants à l’E324 soulignent le risque pour le consommateur d’un transfert de l’antioxydant dans la chair du poisson. De fait, les dangers de l’éthoxyquine en tant que pesticide sont connus puisque son utilisation est interdite dans l’alimentation humaine. Paradoxalement, elle ne l’était pas en tant qu’antioxydant en alimentation animale. La sécurité des antioxydants de synthèse a été évaluée à plusieurs reprises et des doses journalières acceptables pour l’homme ont été établies pour l’éthoxyquine à 0,005 mg/kg de poids corporel, dans l’Union européenne. Théoriquement, la mise à jeun du poisson avant l’abattage permet d’éliminer l’aliment dans le tractus digestif. Des études ont montré qu’une période de deux semaines était suffisante pour réduire de façon significative les concentrations en antioxydant de synthèse dans le muscle des poissons. Sauf que des tests réalisés sur du saumon d’élevage ont révélé la présence d’éthoxyquine, parfois à des doses élevées. Bruno VAUDOUR |