Un mois après le feu vert de Bruxelles sur l’acquisition de Morpol par Marine Harvest, la mobilisation des salariés bretons touchés par les restructurations du groupe s’inscrit dans un contexte de crise qui touche gravement l’agroalimentaire de la région. La situation est particulièrement tendue sur le site Marine Harvest Kritsen de Poullaouen (Finistère) où les négociations du plan social se poursuivent alors que les actionnaires du groupe norvégien vont percevoir un dividende extraordinaire en novembre.
Le premier producteur mondial de saumon d’élevage avec 340 000 tonnes en 2013, affiche une situation financière particulièrement saine. Sur les 9 premiers mois de l’année, son résultat d’exploitation atteint 268 millions d’euros, soit presque 4 fois plus qu’à la même période en 2012.
Le fermier rit, les fumeurs pleurent
Propriétaire à 91,7 % de Morpol, premier fumeur européen en Pologne, Marine Harvest regroupe toute la chaîne de valeur : de la fabrication d’aliment au produit fini élaboré. Vu les cours très élevés du saumon, c’est l’amont de la filière qui dégage des profits, même si les coûts d’aliment restent élevés. Cette année, le groupe a beaucoup investi pour augmenter sa production de saumon et une nouvelle usine d’aliment de grosse capacité sera opérationnelle en Norvège l’été prochain. Début novembre, Marine Harvest a acquis un quart du capital de Grieg Seafood. Fort de cette participation, le géant norvégien peut désormais tabler sur 470 000 tonnes de saumon en 2014 (1). Dans un contexte où la demande globale de saumon est très soutenue, les perspectives sont excellentes pour le groupe.
Le bât blesse en revanche sur les activités européennes à valeur ajoutée de Marine Harvest. Aujourd’hui dans le rouge, cette division souffre de la hausse des cours de la matière saumon, particulièrement en France. Le dernier rapport d’activité du groupe fait valoir une perte d’1,7 million d’euros des sites de fumaison bretons, sur le seul troisième trimestre. « Face à la crise majeure que traverse le secteur, la direction VAP de Marine Harvest réaffirme que seule une restructuration permettra de garantir la pérennité de son développement en France » soutient Maiko van deer Meer, responsable de la division produits à valeur ajoutée (VAP) du groupe. Selon les sources, le nombre de CDI touchés oscille entre 400 et 300 contrats à durée indéterminée, auxquels s’ajoute une centaine d’intérimaires. Dans un communiqué, la direction VAP du groupe envisage « en tout, 200 à 210 licenciements » suite au redéploiement industriel de Marine Harvest en Bretagne.
Amertume en Bretagne
Parallèlement à la fermeture de l’usine de Poullaouen prévue fin mai 2014, Marine Harvest investit 8 millions d’euros à Landivisiau où l’usine Kritsen augmente sa capacité à 5 000 tonnes, en privilégiant les produits fumés en MDD milieu et haut de gamme ainsi que le saumon à marque Kritsen. Ce recentrage entraîne un transfert de 80 postes à Landivisiau. L’unité de Chateaulin poursuit son activité traiteur de la mer avec la fabrication de terrine et de cakes. En revanche, la filiale Rolmer située à Challans (Vendée) et spécialisée sur le saumon élaboré frais, est en vente.
Parce que la découpe de saumon frais subit aussi la hausse des cours à la production, Marine Harvest lâche son site de Chateaugiron (Ille-et-Vilaine). Cette unité de découpe de saumon frais qui produisait quelque 5 000 tonnes de produits finis, cessera son activité fin mars 2014, au profit des sites de Lorient et Boulogne. Implantés sur les deux premiers ports de pêche français, les deux sites de découpes et de conditionnement en barquettes pourront jouer l’effet de gamme poissons blancs et saumon. Les quinze millions d’investissement réalisés dans la récente usine de Capécure, devraient permettre à Boulogne de récupérer une part plus importante de la production de Chateaugiron par rapport à Lorient. Mais les transferts d’activité en frais devraient générer des postes supplémentaires sur les deux sites portuaires. Dernier site de transformation en France, Appétit Marine à Dunkerque poursuit son activité de traiteur de la mer surgelé.
L’Europe et le monde
À l’échelle européenne, la division VAP de Marine Harvest comprendra trois sites de transformation de saumon frais, deux en France et un en Belgique avec Pieters à Bruges, ainsi que deux usines de fumaison, celle de Landivisiau et celle d’Ostende en Belgique. En synergie avec Morpol, VAP Marine Harvest aura la capacité transformer un tiers du saumon issu des fermes européennes du groupe, dès 2014. Dans les pays tiers, Marine Harvest prévoit de se rapprocher des clients en développant des activités de fumaison aux États-Unis et en ouvrant deux usines de découpes à Taïwan et en Corée.
B. VAUDOUR
Découvrez les propos de Laurent de Baynast et pour en savoir plus sur le plan social de Marine Harvest :
Interview de Laurent de Baynast, directeur de projet Marine Harvest
Finistère : négociation très serrée du plan social