Élever du saumon avec des algues et des moules est une alternative pour limiter
l’impact des fermes à poisson et optimiser la production de coquillages.
Scottish Salmon Company s’y emploie. Le groupe cultive aussi sa différence
par l’introduction d’une souche de saumon native des Îles Hébrides. Mieux, la lutte
contre les poux du saumon passe par les poissons nettoyeurs.
Scottish Salmon Siège : Édimbourg Actionnaire : SSC PLC basée à Jersey,cotée à la bourse d’Oslo et détenue à 73,3 % par l’organisme de dépot suisse Six SIS Chiffre d’affaires : 178 M€ Effectif : 450 employés |
Les cinquante pierres de Calanais dressées vers le ciel dominent les eaux sombres du Loch Roag sur l’île de Lewis au nord des Hébrides. En contrebas, à l’abri des houles atlantiques, s’étendent les filières d’algues et de moules expérimentales conduites par Ian MacRay : « Nous testons ici plusieurs espèces d’algues en association avec les moules. » Le programme d’aquaculture intégrée de Scottish Salmon Company (SSC) est déjà opérationnel sur le continent, à Ardcastle Bay dans le Loch Fyne. L’écosystème reconstitué à proximité d’une ferme à saumons intègre la mytiliculture, l’ostréiculture et l’élevage de pétoncles, d’oursins. Partenaire de la Scottish Association of Marine Science (SAMS) et de plusieurs universités depuis 2012, SSC investit sur le long terme. « La polyculture favorise l’équilibre du milieu aquatique grâce à l’échange de nutriments entre les productions. Cela limite l’impact environnemental de la salmoniculture. C’est l’avenir pour un système durable », s’enthousiasme Abby Irish, biologiste sur les sites nord de SSC. L’eau des cages chargée en matière organique fournit des nutriments filtrés par les coquillages. Tandis que les algues absorbent les déchets inorganiques dissous comme l’azote et le phosphore. De leur côté, les oursins se nourrissent d’algues et de détritus. Ils ont l’avantage de transformer les rejets organiques plus conséquents comme les particules de granulés sous les cages. Le recyclage des déchets émis par les saumons favorise ainsi la croissance des coquillages et des algues. Sur le site d’Ardcastle, les moules ont atteint leur taille commerciale en 18 à 24 mois contre 24 à 36 en monoculture classique. Le taux de chair des huîtres est aussi prometteur. Initiateur d’une gestion par loch avec une seule génération de saumon, une jachère complète et des traitements sanitaires harmonisés, SSC s’est engagé dans la lutte intégrée contre les poux des saumons avec des poissons nettoyeurs. Alternative indispensable à l’emploi d’antiparasitaires très agressifs dans le milieu aquatique. Le groupe collabore avec deux écloseries : Otter Ferry à Argill et la station aquacole d’Ardnoe, pour développer l’élevage de vieille (Labrus bergylta). « Nous avons trois ans d’expérience sur cette espèce, plus performante par rapport à deux autres espèces de vieilles capturées à l’état sauvage. On maîtrise la reproduction, l’alevinage et l’élevage. Mais le contrôle de l’environnement, de la zootechnie et le suivi des interactions vieille-saumon dans les cages sont indispensables », explique Camilla MacDonald, biologiste en région sud. Lors d’attaque de poux, par exemple, il faut réduire l’alimentation artificielle des vieilles pour qu’elles se nourrissent des parasites accrochés à la peau des saumons. L’entretien régulier des filets est aussi très important, sinon, les vieilles nettoient le fouling mais pas les saumons ! « La production de vieille d’élevage va se développer, notre objectif est d’être autonome », souligne Camilla MacDonald. SSC planche sur une autre espèce de poisson nettoyeur : le lompe dont la croissance est plus rapide que la vieille (5 mois contre 16). « Un premier essai de mise en cage portant sur 20 000 lompes interviendra dès cet automne », ajoute la jeune biologiste. Autre chantier pointu, car il consiste encore à domestiquer un poisson sauvage, l’introduction d’une lignée de saumon hébridéen dans les cages est une réalité après sept ans de recherche. Sur le site d’Eughlam, SSC a transféré les smolts en mer en avril. Depuis, les jeunes saumons hébridéens poussent bien et ils font l’objet d’une surveillance attentive. « Les données collectées sur la nouvelle souche à partir de prélèvements hebdomadaires sont analysées. Et s’il est encore un peu tôt pour conclure, on constate une meilleure résistance aux maladies et une bonne croissance », relève Abby Irish. L’enjeu important se situe maintenant en écloserie. « Le saumon hébridéen est d’origine sauvage et il n’est pas encore conditionné pour aller en mer en novembre. Or il faut transférer les smolts à cette époque pour assurer la continuité de la production. L’objectif consiste à avoir un stock suffisant pour l’automne », explique Camilla MacDonald. Dans cette optique, les techniciens « écloseurs » jouent sur la température de l’eau pour déclencher plus tôt la fertilisation des œufs. L’éclairage artificiel (photopériode) des bassins permet d’agir ensuite sur la smoltification des alevins. Un art délicat. Textes et photos : Bruno VAUDOUR |
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