Retraits-rappels : dédramatiser sans banaliser

Le 08/10/2018 à 9:09 par La Rédaction

La détection de salmonelles dans des laits infantiles Lactalis fin 2017 a sans doute été l’affaire de trop. C’est ce que semblent signifier les travaux récemment diligentés. L’un par l’Assemblée nationale avec une commission d’enquête chargée d’analyser les défaillances à l’origine de la contamination de 37 nourrissons. L’autre par le ministre de l’Économie et des Finances, avec un groupe de travail du Conseil national de la consommation (CNC) mis en place pour proposer des pistes d’amélioration des procédures de retrait-rappel des produits de consommation courante. Des conclusions remises en juillet.

Certes, comme le rappelle le CNC, « rien ne permet de garantir un risque zéro ». Mais l’objectif doit être de tendre vers celui-ci. De fait, chaque année, de nombreux retraits-rappels ont lieu, évitant ou réduisant significativement, dans la plupart des cas, l’exposition du consommateur au danger. Mais force est de constater que le retour d’expérience du cas Lactalis a mis en évidence des dysfonctionnements : « Des hésitations et des incertitudes sur le périmètre du rappel, ainsi qu’une communication inadéquate ont contribué à rendre la situation confuse ; en outre, des produits couverts par l’opération du retrait-rappel ont continué à être commercialisés, et ce, bien après la publication de la mesure », détaille le rapport du CNC, qui formule 30 propositions pour optimiser les procédures de retrait-rappe

Parmi celles jugées les plus urgentes par le ministre de l’Économie : un site internet unique, public et accessible aux consommateurs, recensant l’ensemble des retraits-rappels de produits. La création de cet outil, également préconisée par la commission d’enquête parlementaire, est annoncée. Autre proposition du CNC reprise par Bruno Le Maire : le développement d’une application mobile de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) permettant aux consommateurs de soumettre des signalements de produits suspects.

La grande distribution a par ailleurs pris des engagements comme la généralisation du contrôle en caisse de tous les produits éventuellement défectueux, afin qu’aucun ne puisse sortir d’un magasin en cas de crise sanitaire. Lorsqu’une situation de gravité exceptionnelle le justifie, le CNC préconise d’utiliser les informations nominatives des moyens de paiement pour alerter directement les consommateurs. Un instrument qui pourrait être très efficace, mais nécessite de se pencher sur la problématique sensible de la protection du secret bancaire. En cas de criticité élevée, le déclenchement rapide de mesures de gestion simplificatrices (rappel de la totalité des lots, blocage en caisse d’une référence produit…) pourrait être envisagé. Pour bloquer les produits plus rapidement, la commission parlementaire suggère quant à elle de remplacer les codes-barres par des QR codes.

Le rapport du CNC rappelle toutefois le principe de réponse graduée aux risques, alertes et crises, qui se traduit par la proportionnalité des mesures adoptées. L’objectif est double : ne pas minimiser des situations d’importance majeure, au risque qu’elles se transforment en crises sanitaires, et, à l’inverse, ne pas mettre en œuvre de mesures excessives, afin d’éviter la banalisation, permettre une appréciation correcte par les consommateurs et ne pas générer un impact disproportionné sur l’économie.

En savoir plus

◗ Conseil national de la consommation – Groupe de travail « Amélioration de l’efficacité des procédures de retrait-rappel des produits de consommation courante » – Rapport et Avis – 13 juillet 2018

Assemblée nationale – Rapport fait au nom de la commission d’enquête chargée de tirer les enseignements de l’affaire Lactalis – 19 juillet 2018

Pierrick Lec’Hvien, directeur de l’activité produits de la mer de Système U, met quant à lui en garde contre un encadrement trop strict dans des filières peu structurées comme celle de la marée. « Toute mesure d’hyper protection finit par brider les innovations ou les produits. S’il y a une volonté de bien faire au départ, il faut prendre en compte les réalités du monde professionnel. »

Le CNC invite aussi à réfléchir à la situation particulière de la restauration hors domicile. Un secteur où la sécurité sanitaire est toutefois particulièrement bien gérée par les grossistes et les cash & carry. « Nous disposons d’équipes soumises à un système d’astreinte afin de pouvoir réagir aux alertes 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, explique Marie Garnier, directrice qualité de Metro. Nous avons développé un outil en ligne nous permettant, via notre réseau interne, de transmettre immédiatement les informations à nos points de vente et d’avoir leur réponse quant à la mise en œuvre des consignes de retrait. » Parallèlement, grâce à leur numéro de carte Metro, l’enseigne peut remonter jusqu’aux clients qui auraient déjà acheté le produit afin de les prévenir.

Anne-Caroline RENARD

 

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • More Networks
Copy link
Powered by Social Snap