Alors que les captures de sa flottille Enez diminuent depuis deux ans, le groupe intégré Réunimer compte sur ses filiales de première et seconde transformation, Réunipêche et Réunion Pélagique Traiteur, pour les valoriser au mieux localement. Objectifs : garantir le revenu des marins
et pérenniser les emplois à La Réunion.
Réunimer Siège : Le Port, à La Réunion Président : Sébastien Camus Filiales : Enez Armement, Réunipêche, Réunion Pélagique Traiteur, Martin Pêcheur, Réunion Pêche Australe CA : 26 M€ Effectifs : 163 |
Dans la darse du Port à La Réunion, les travaux de remise à neuf du Vetyver 6 s’achèvent. « Un investissement de 500 000 euros », souligne Yves Talarmin, directeur d’armement chez Enez. Tout a été pensé pour assurer la sécurité des marins à bord du palangrier de 16-18 mètres et préserver la qualité des pélagiques le temps des marées, soit quinze jours de mer. À bord, un osmoseur permet de transformer l’eau de mer en eau douce pour fabriquer de la glace paillette à la demande. Pour protéger les thons, espadons, marlins et autres dans la glace, l’équipage pourrait utiliser le système de « la chaussette », testée à bord du Marius 3. L’idée : enfiler un textile autour de chaque grosse pièce. « Ainsi, le poisson respire mieux que sous un film plastique tout en étant protégé des brûlures de la glace », explique Hubert Chenede, directeur général de Réunipêche. Engagée à valoriser l’intégralité des captures de quinze palangriers hauturiers et de six palangriers côtiers, la filiale de première transformation de Réunimer est particulièrement concernée par la qualité de la matière première. Une heure après la débarque, ses équipes carottent les thons ou prélèvent un morceau de queue d’espadon pour en évaluer la qualité. Chaque pièce est suspendue par un treuil et taguée d’un code-barres. Les informations concernant le bateau, la date de pêche, le poids, etc., mais aussi la qualité détectée sont transmises immédiatement à partir du système de gestion intégrée de la société, par un simple scan. La note de vente est directement établie. « Les tarifs sont calés sur les grilles fixées par l’Aripa selon les espèces et les grades. Sauf l’extra, le E, rappelle Sébastien Camus, président de Réunimer. Au sein du groupe, nous n’appliquons ce minimum qu’au grade C, pour le A ou le B, il y a un plus. C’est encore plus vrai pour le E. » Le mieux à payer peut aller de 1,50 à 2 €/kg. « L’objectif est de motiver les pêcheurs et de les mobiliser sur le sujet », justifie Ludovic Boyer, responsable production et qualité de Réunipêche chargé d’orienter les arrivages au sein de l’atelier pour en optimiser la valeur sur les marchés. Le E et le A sont évidemment destinés au plus rémunérateur : celui du frais. Le C, lui, sera orienté vers le tunnel de surgélation. Le D sera détruit : « Les risques d’histamine sont trop grands. » Pour les grades B, l’orientation est plus délicate. « Nous tentons de les valoriser en frais ou en les travaillant en rillettes, en fumé dans l’atelier de Réunion Pélagique Traiteur, installé juste à côté. » Tout dépend aussi des apports et de la demande du jour. « L’équipe, peut trancher et découper jusqu’à 20 tonnes, par jour. La découpe se fait à la chaîne, avec rotation des équipes », poursuit Ludovic Boyer. Dans l’atelier, thons et espadons défilent à une vitesse étonnante sur les tables de découpe. À peine le pélagique déposé, le premier opérateur, couteau bien aiguisé en main, en tranche la queue et la tête. Mis en tronçons, le corps du poisson passe dans d’autres mains tout aussi expertes et agiles pour devenir des longes. Conditionnées sous vide, ces dernières sont rapidement expédiées vers les grossistes ou grandes surfaces pour terminer en tataki ou sashimi dans les assiettes des Réunionnais. Une moitié de la production prendra son envol vers l’Europe, Rungis notamment, les USA ou l’Asie. « L’export nous permet d’éviter de casser les prix pour les pêcheurs en inondant le marché local », note Hubert Chenede. Stockés dans un entrepôt à 0-2 °C, les poissons qui n’ont pu être traités le jour même le seront le lendemain ou seront surgelés à -18 °C à cœur. Pour gérer les priorités, chaque pièce porte une étiquette dont la couleur indique sa date d’entrée dans l’usine. Surgelés, les pélagiques servent de matière première à l’atelier contigu de Réunion Pélagique Traiteur, au même titre que le saumon, les moules ou les crevettes. Ils seront transformés en rillettes ou fumés, à froid ou à chaud. « Nous faisons des tests pour la légine et la dorade coryphène », précise Ludovic Boyer. L’entreprise vient d’investir dans un broyeur et un poussoir pour lancer des hachés de thon et d’espadon ou des saucisses de poisson. Les idées ne manquent pas pour développer les gammes traiteur de la mer de la marque le Pêcheur Créole et les décliner pour les marchés de la RHF ou l’export. Si la filiale Réunion Pélagique Traiteur a été conçue pour absorber les pics de production de la pêche locale en créant de nouveaux marchés, sa mission est désormais de créer de plus en plus de valeur ajoutée pour mieux payer les pêcheurs, alors que les apports locaux déclinent. Reportage : Céline ASTRUC |
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