L’Islande du saumon prend ses précautions avec la nature encore très préservée des grands fjords du nord-ouest. Premier producteur islandais, Arnarlax défend une croissance raisonnée sur des sites d’exception en bordure du cercle polaire. Ici, le saumon de souche vit dans une mer en mouvement, vierge de pollution.
Arnarlax Président directeur général : Kristian Matthiasson Siège social : Bíldudalur Chiffre d’affaires : 75 M€ Effectifs : 100 personnes Production : |
Arnarfjörður, Tálknafjörður, Patreksfjörður, trois fjords à l’ouvert du détroit du Danemark. Mais ne vous méprenez pas, nous sommes à l’extrême nord-ouest de l’Islande, dans la région isolée du Vestfirðir. C’est là que le saumon d’Arnarlax vit sa vie, en eau profonde au pied des montagnes à peine enneigées ce printemps. Kristian Matthiasson mesure le chemin parcouru depuis 2009, lorsque son père et lui lancent l’élevage de saumon à partir de Bíldudalur, où se trouve aujourd’hui le siège de l’entreprise. Le village décline alors fortement après la vente des quotas par la société de pêche locale à de grandes compagnies islandaises. L’usine de poisson bord à quai ferme ses portes, le port se vide progressivement et les jeunes désertent la région. « Toutes les conditions sont réunies ici pour réussir la salmoniculture : l’espace, la qualité de l’environnement, les températures sont propices et les autorités locales sont plus que partantes pour créer de nouvelles communautés grâce à la salmoniculture », rappelle le jeune directeur d’Arnarlax. Forts de leur expérience antérieure de salmoniculteur et de transformateur en Norvège, les Matthiasson font preuve de ténacité auprès de pouvoirs publics nationaux très prudents, voire réticents, face aux projets aquacoles. Après trois ans de démarches, ils décrochent leurs premières licences pour 3 000 tonnes. La même année, Arnarlax acquiert une écloserie dans le fjord voisin où d’excellentes sources d’eaux froides et d’eaux chaudes coulent en abondance. L’idéal pour produire des smolts en nombre à partir d’œufs fournit par un sélectionneur islandais, Stofnfiskur, détendeur de souches de saumon islandais. Arnarlax, qui détient par ailleurs une seconde écloserie dans le sud-ouest du pays, prend son envol au fil des mois et rachète en 2016 Fjardalax, une compagnie aquacole voisine. Appuyée par des investisseurs norvégiens, dont le groupe Salmar, et des financiers d’Oslo, la fusion des deux entreprises consolide la croissance de celui qui devient le premier éleveur de saumon islandais parmi les cinq en activité aujourd’hui. « Le saumon est une activité à risque et très capitalistique. À présent, nous envisageons sereinement notre développement, sans forcer la nature. » Cette année, Arnarlax table sur 10 000 tonnes de salar et le choix initial d’une croissance raisonnée s’appuie sur une stricte conduite de production. La densité moyenne de poissons est de 15 à 20 kg sur des sites en mer obligatoirement coupés des rivières à saumons sauvages. Les autorités veulent éviter tout échange en cas d’échappement des saumons d’élevage. Autre précaution importante, le système de jachère en vigueur dans les fjords limite l’empreinte sur le milieu et après deux ans de production, chaque site est au repos six à dix mois. Ce vide sanitaire limite également le risque de maladie, et comme tout antibiotique est proscrit, la vaccination des poissons est systématique. L’entreprise produit régulièrement un bilan d’impact de l’élevage en prélevant des échantillons de sédiments sous les grandes cages. Elle mesure aussi les rejets d’azote et de phosphore. L’alimentation, riche en protéines et huiles marines et sans colorants artificiels, provient de chez BioMar, en Norvège. Aucun traitement chimique ne rentre dans le cycle d’élevage, aussi bien pour lutter contre les poux – encore absents des eaux islandaises – ou comme antifouling sur les filets. Le nettoyage des cages s’effectue par haute pression avec un système immergé. La croissance d’Arnarlax dépend à présent de la montée en puissance de la production de smolts. L’agrandissement de l’écloserie sur le site proche de Patreksfjörður permettra de produire de plus grands smolts. « C’est un enjeu important afin de réduire le cycle en mer », explique Kristian Matthiasson. Dans les six ans qui viennent, l’entreprise espère atteindre 25 000 tonnes sur les trois fjords actuels. De nouvelles demandes sont en cours pour obtenir d’autres licences dans les fjords plus au nord de la région du Vestfirðir. L’autre défi du saumon islandais est celui de la logistique, pour réduire à la fois le temps de transport et le coût du fret aérien, actuellement deux fois plus élevé qu’au départ d’Oslo pour exporter vers les États-Unis, le premier débouché d’Arnarlax. Le marché européen va cependant profiter du développement de l’entreprise, en particulier aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et en France, où le saumon islandais arrive déjà trois fois par semaine chez Transgourmet à Rungis. Aujourd’hui, Kristian Matthiasson est fier de voir renaître Bíldudalur grâce au saumon : « L’école est pleine avec 38 enfants et notre participation au réseau de transport collectif facilite l’accès au village. Les habitants peuvent envisager un avenir ici. Regardez les maisons, beaucoup sont en chantier et l’hôtel a refait de nouvelles chambres ! » Texte et photos : Bruno VAUDOUR
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