« La DLC devrait être indiquée en fonction des conditions de préservation » Pierre Peteuil |
[Le projet en bref ] L’idée Un parcours du combattant : Le potentiel |
Vert, mangez ! Rouge, jetez. En changeant de couleur, la puce Top Cryo indique au consommateur si son produit frais est bon à consommer. Une simplicité apparente. Pourtant, l’indicateur développé par la société nantaise Cryolog est le fruit de près de 10 ans de R&D. Son introduction sur le marché fut un parcours du combattant. « En 2007, sa première version a été un échec, admet Pierre Peteuil, directeur général de Cryolog. Ni les consommateurs ni les grandes surfaces n’ont compris l’intérêt, sachant que la DLC s’affichait sur les packs. » Dix ans plus tard, alors que l’enquête INCA3 commanditée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) sur les habitudes de consommation alimentaire des Français livre ses résultats, la solution Top Cryo, améliorée, semble être l’outil permettant de concilier sécurité sanitaire et réduction du gaspillage alimentaire. En effet, aujourd’hui, c’est au tour de la DLC d’être contestée : elle pousserait les consommateurs à jeter yaourts, viandes et autres produits frais ne présentant aucun risque sanitaire. Tant et si bien que de plus en plus de Français n’y prêtent plus une grande attention : deux tiers des Français consommeraient leurs plats cuisinés frais après la date limite indiquée ! Un sujet préoccupant pour l’Anses, alors que les Français intensifient leur consommation de produits crus (sushi, carpaccio…) et que 43 % des ménages ont un frigo dont la température excède les 6 °C. « La durée de vie des produits frais varie selon leurs conditions de préservation jusqu’au moment de leur consommation », indique Pierre Peteuil. « La DLC devrait donc être dynamique. » La mesure est fiable, certification NF E18-100 à l’appui. « Pour relancer Top Cryo, nous avons mené depuis 2009 des batteries de tests et de contrôles pour confronter la solution aux réglementations. » L’Efsa, European food safety authority, l’a homologué. Avec un prix unitaire de 0,20 euros, la puce est surtout utilisée par les traiteurs ou les collectivités qui s’assurent que les plateaux-repas non utilisés peuvent être resservis le lendemain. « Le coût pourrait baisser à quelques centimes l’étiquette, si nous en produisions 100 millions, contre 10 millions aujourd’hui. » Ce n’est pas impossible, surtout avec l’essor des ventes en ligne. Déjà, Franprix vient d’annoncer son intention d’utiliser Top Cryo pour le e-commerce de ses produits frais. Dans le cadre du projet Valocean, la société de vente à distance Force Mer, qui souhaite commercialiser les poissons des côtes bretonnes s’est rapproché de Cryolog. Dans l’univers de la marée, où les Français consomment le jour J ou le lendemain, le poisson qu’ils ont acheté, la solution Top Cryo pourrait dynamiser les ventes. Une fois installée par le poissonnier, fini le stress du poisson frais. Pourquoi ne pas en acheter pour d’autres jours de la semaine ? Dans l’univers traiteur, Miti, un fabricant de sushi et d’autres entreprises travaillent avec Cryolog pour adapter la solution afin de la substituer aux DLC classiques. « Pour réussir, il faut d’abord comprendre le comportement des consommateurs et avoir les moyens de lui donner une alerte. » Le projet pourrait voir le jour en 2018. Céline ASTRUC |