Transmettre son entreprise en Scop

Le 16/02/2018 à 11:10 par La Rédaction

La reprise d’entreprise par les salariés est souvent perçue comme une solution de dernier recours. En 2010, l’aventure humaine de la SDAB Mareyage, à Taulé (Finistère), reprise par quinze de ses salariés sous forme de société coopérative et participative (Scop) après sa liquidation, avait pourtant séduit les médias. Avant de s’achever par un échec. Un exemple qui, comme ceux plus récents des entreprises Mim, Lejaby ou Vibel, contribue à entretenir l’une des idées reçues sur les Scop : ça ne marche pas. Même celle des ex-Fralib, présentée comme un cas d’école, perd aujourd’hui de l’argent. De quoi s’interroger.

Mais dans ces cas médiatiques, il s’agissait de sauver une entreprise en difficulté et non de continuer à faire vivre une entreprise saine, en mal de repreneur. Or, avec un taux de pérennité à cinq ans de 66 % contre 50 % pour les entreprises françaises, le modèle des Scop pourrait bien s’imposer comme un modèle d’avenir. Notamment dans un secteur comme celui des produits de la mer, où les départs à la retraite de dirigeants vont s’accélérer. « Dans les PME, le dirigeant doit souvent avoir une compétence technique marquée. De ce fait, elles trouvent difficilement repreneur et là, la solution coopérative apporte un vrai plus », explique Henry Rossignol, conseil en transmission d’entreprise.

Sauf que cette solution, faute d’être connue, est rarement envisagée. Jean-Pierre Fernandez, dirigeant de la Marée Montalbanaise à Montauban, qui prévoit de transmettre son entreprise à sa fille et à l’un de ses salariés, en convient. Il n’en a jamais entendu parler. Guy Farrugia, des Entrées de la Mer, trouve « la philosophie de la Scop très intéressante. Impliquer les salariés dans le capital de l’entreprise les responsabilise et les engage vis-à-vis de son avenir. Cela permet de favoriser l’ascenseur social. Mais pour moi, le schéma juridique de la Scop va trop loin. Je crois à la nécessité d’un chef d’entreprise, notamment dans un contexte économique où il faut souvent se remettre en cause ».

Une Scop, c’est quoi ?

Une Scop est une société coopérative, avec un statut de société anonyme (SA), de société par actions simplifiées (SAS) ou de société à responsabilité limitée (SARL).

Les salariés y sont associés majoritaires et détiennent au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote.
Ce sont eux qui élisent leurs dirigeants en assemblée générale selon le principe suivant :
1 associé = 1 voix (quelle que soit la part du capital de chacun).
La part de chaque salarié associé est remboursée en cas de départ.

Les bénéfices sont répartis entre :
- les salariés, sous forme de complément de salaire, d’intéressement ou de participation, pour au moins 25 % ;
- les salariés associés, sous forme de dividendes, pour une part inférieure à celle des salariés ;
- les réserves impartageables de l’entreprise, qui alimentent ses fonds propres, pour 16 % minimum (réserve légale)… et 43 % en pratique.

Source : www.service-public.fr

Pour parer au problème, Annie Castaldo, ostréicultrice à Marseillan, qui vient de franchir le pas, « continue de travailler en accompagnant ses salariés ». Ce statut, découvert via le réseau associatif Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) auquel elle adhère, « permet une transmission en douceur dans un respect mutuel », ajoute-t-elle. Au-delà de l’opération financière, transmettre son entreprise en Scop nécessite un certain d’état d’esprit : « Il faut être prêt à consacrer du temps pour mettre au point les conditions managériales, juridiques, financières et humaines pour assurer la réussite de l’opération », précise la Confédération générale des Scop.

Mais ce n’est pas toujours simple. « Séduisante sur le papier, la reprise en Scop constitue, de l’aveu même des acteurs concernés, un exercice périlleux », note une récente étude de la chaire de recherche Alter-gouvernance (Université de Clermont Auvergne). Menée en partenariat avec la Confédération générale des Scop et le conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, elle identifie les conditions de réussite des transmissions d’entreprises en Scop. Mal connues, les Scop sont parfois faussement assimilées à des organisations sans hiérarchie ou au fonctionnement anarchique. Il faut donc démontrer aux partenaires (clients, fournisseurs ou banquiers) la viabilité et la pérennité économique du projet de reprise.

Il apparaît aussi qu’abandonner l’identité de « simple salarié » passif à l’égard du pilotage et de la stratégie de l’entreprise pour investir celle de propriétaire, responsable de son devenir, n’est pas facile pour tous. Psychologiquement, comme sur le plan des compétences, auxquelles ils doivent se former. Pour assumer leurs nouvelles responsabilités, les salariés ont également besoin d’un accès plus transparent aux informations sur l’activité, l’environnement et la stratégie de l’entreprise. Enfin, « attention au « hold-up » des cadres ! », prévient l’étude. Par exemple par le choix délibéré de fixer des droits d’entrée au sociétariat très élevés, pour limiter l’accès à une large partie des salariés. 

Anne-Caroline RENARD

 

 

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